Il aura fallu quitter Goma, traverser les incertitudes et repousser les frontières habituelles pour que le festival Amani trouve, cette année, un nouveau souffle à Lubumbashi. Après une année de trêve imposée par l’insécurité, l’événement investit la ville cuprifère pour sa 11e édition. Rendez-vous est donné au complexe Kiwele, du 10 au 12 avril 2026.
Placée sous le thème « Redevenir », cette édition s’inscrit dans une dynamique de renaissance. Dans un pays en proie à des conflits persistants, le festival Amani réaffirme son rôle fédérateur en portant haut ses valeurs de solidarité, de don de soi et de volontariat.
Comme l’explique Guillaume Bisimwa, directeur du festival : « La décision de venir à Lubumbashi a été prise deux mois avant l’organisation de cet événement ». Ce choix, fondé sur la vitalité des initiatives culturelles locales, s’inscrit dans la continuité d’une mission claire : promouvoir la paix et le vivre-ensemble à travers la culture.
Le début d’une nouvelle aventure
Tout commence par une immersion dans l’écosystème culturel lushois. À chaque rencontre, l’ambition grandit : faire renaître le festival tout en préservant sa réputation d’un des plus grands événements culturels d’Afrique centrale.
Portés par ce rêve, les Lushois font preuve de leur hospitalité légendaire. Parmi les acteurs mobilisés, le collectif de blogueurs Habari RDC apporte son expertise digitale.
L’initiative séduit également les plus hautes sphères de l’État. Lors du Conseil des ministres du 27 mars 2026 à Bandundu, une note d’information relative à l’organisation du festival à Lubumbashi est présentée. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, souligne à juste titre : « Une délocalisation […] constitue un acte de résistance ». Il ajoute : « Il est important que le gouvernement marque son soutien à cette initiative […] qui constitue un rayonnement culturel et un moment de communion pour la jeunesse ».
Ce soutien s’est matérialisé par la présence d’une forte délégation gouvernementale venue de Kinshasa, conduite par la Première ministre, à l’occasion de l’ouverture officielle du festival.
Au-delà de son équipe dirigeante restreinte, le festival repose sur l’engagement de près de 500 bénévoles, répartis en sous-commissions. « Ce sont eux qui constituent le cœur même du festival », rappelle Arlette Musungay, directrice adjointe.
Une programmation riche et diversifiée
Pour le plaisir des 45 000 festivaliers attendus sur trois jours, la programmation s’annonce éclectique. Plusieurs artistes de renom fouleront la scène, notamment Youssoupha, reconnu pour ses textes engagés en faveur de la mémoire et de la dignité du peuple congolais.
La scène accueille également l’artiste émergent Z-Chief, dont la présence scénique magnétique et le style ancré dans le hip-hop classique témoignent d’une sensibilité sociale affirmée.
Côté féminin, la programmation met en lumière Voldie, dont l’univers artistique mêle sensibilité et affirmation de soi, portant une voix féminine assumée sur la scène urbaine congolaise. Elle est accompagnée de deux duos de DJ : DJ Racueil et DJ Benitha, ainsi que DJ Morgana et DJ Queeny, dont les sets énergiques et la présence scénique contribuent à redéfinir la place des femmes dans un univers encore largement dominé par les hommes.
Un moment marquant du concert inaugural a été l’attitude de l’artiste M Joe. Face à une frange du public scandant « Nous, on ne veut que Kanierra », il a choisi de ne pas céder à la provocation. Dans un geste d’apaisement, il a même interprété un titre issu de sa collaboration avec son collègue RJ, transformant une tension en message de fraternité.
Un bémol est toutefois à signaler : si les adultes trouvaient aisément leur compte, les enfants ont été quelque peu délaissés. L’espace qui leur était dédié n’a pas été fonctionnel, en raison de quelques soucis techniques.
Au-delà des performances artistiques, le festival Amani à Lubumbashi s’impose comme bien plus qu’un simple événement culturel : il devient un symbole de résilience, d’unité et d’espoir. Dans un contexte national marqué par des défis sécuritaires et sociaux persistants, cette initiative rappelle que la culture demeure un puissant levier de cohésion et de reconstruction.
En posant ses valises dans la capitale du cuivre, Amani ne fait pas que changer de décor : il redéfinit son ancrage, élargit son horizon et réaffirme sa vocation première – rassembler, inspirer et faire renaître, envers et contre tout, l’esprit d’un vivre-ensemble profondément congolais.
