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Jusqu’à quand l’état de siège sera-t-il prorogé au Nord-Kivu et en Ituri ?

Depuis le mois de mai, le gouvernement congolais a décrété l’état de siège au Nord-Kivu et en Ituri. Selon l’article 144 de la Constitution, l’état de siège est proclamé pour une période de 30 jours et peut être prorogé tous les 15 jours, sur autorisation du Parlement. Après plus d’une prorogation, je m’interroge sur la nécessité de continuer à proroger l’état de siège.

L’objectif principal de l’état de siège était de mettre rapidement fin à l’insécurité dans les provinces de l’est du pays. Mais à ce jour, après huit prorogations de cet état de siège, l’insécurité continue. Aujourd’hui, certains pensent que le chef de l’Etat devrait carrément lever cette mesure. D’autres estiment par contre que l’état de siège aide lentement mais surement à mettre fin au terrorisme à l’Est. La grande question est : combien de temps devrait-on proroger l’état de siège pour obtenir des résultats convaincants ?

Pour répondre à cette question, je me suis entretenu avec quelques  compatriotes qui résident dans l’est du Congo, mais aussi ceux qui suivent de près ce qui s’y passe. Je vous partage ici les conclusions, basées sur leurs témoignages.

L’état de siège gène beaucoup de personnes et d’organisations

Dès le début de l’état de siège, certaines personnes décriaient déjà cette décision. D’autres n’ont même pas attendu sa mise en application pour prédire l’échec. Si les uns craignaient à juste titre les abus que pourraient commettre les autorités militaires, d’autres par contre semblaient avoir des agendas cachés.

Nul n’ignore que plusieurs Congolais sont complices des tueries et exploitation illicite des minerais à l’est de notre pays. D’ailleurs, le président de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso, l’a attesté en demandant à certains députés nationaux originaires de l’est du pays de quitter les groupes armés pour lutter contre l’insécurité. Et Jean-Claude Bambanze, président de la société civile de Rutshuru a soutenu les propos du numéro un de l’Assemblée nationale.

Etant donné que l’état de siège limite les libertés et contrôle tout mouvement au Nord-Kivu et en Ituri, ceux qui profitent illégalement de nos richesses de l’Est font tout pour obtenir la levée de cette mesure. Selon Jean-Claude Bambanze, plusieurs éléments prouvent l’implication de certains députés et hommes d’affaires dans tout ce qui se passe dans la région. Il y a ceux qui les appuient politiquement, stratégiquement et même financièrement. Il confirme également, qu’il y en a qui sont complices de ces groupes armés.

Faut-il continuer à proroger l’état de siège ?

La vraie question est celle de savoir si depuis l’instauration de l’état de siège, il y a amélioration de la situation. En parcourant le Rapport de Human Rights Watch sur l’état de siège publié le 15 septembre 2021, je n’ai lu que des propos allant dans le sens d’appuyer ceux qui soutiennent la levée de l’état de siège. Quant aux compatriotes résidents à l’Est, j’ai pu discuter avec quelques-uns, et leurs avis au sujet de l’état de siège sont partagés.

Selon le témoignage d’une habitante de Bunia, il y a une amélioration depuis l’état de siège. Elle déplore juste le désordre dans la manière de le mener. L’une de nos blogueuses qui réside à Goma, soutient également que les relations entre les civils et les militaires s’améliorent, bien qu’il ne manque jamais de brebis galeuses, m’a-t-elle déclaré.

Par contre, un autre habitant de Goma estime que cette mesure n’est de la poudre aux yeux. Il affirme que, sur le plan sécuritaire, il n’y a aucun changement. Au début de l’état de siège, les rebelles s’étaient calmés. Mais quelque temps après, ils ont repris leurs activités comme avant. Aussi, les autorités ne supportent aucune critique… En gros, selon plusieurs témoignages, de bons résultats sont tangibles dans la province de l‘Ituri, contrairement au Nord-Kivu où la situation semble empirer.

En conclusion, le problème n’est pas l’état de siège, mais plutôt la manière de s’y prendre. Si on doit lever l’état de siège, il faudra expliquer aux Congolais comment on entend régler la question de l’insécurité à l’Est, et avec quelle solution alternative. Pour le moment, il faut plutôt prendre des mesures pouvant rendre plus efficace l’état de siège. Et donc, selon moi, il n’y a aucune raison de lever l’état de siège.

 

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