À l’occasion de la journée internationale des Rastas célébrée chaque 11 mai, j’ai voulu m’intéresser à la mode des dreadlocks que plusieurs membres de cette communauté mettent en exergue. J’estime que la société a changé son regard sur les personnes portant des dreadlocks, longtemps victimes de stéréotypes et de discriminations. Laissez-moi vous raconter ce que m’ont dit les personnes avec qui j’ai échangé à ce propos.
Les dreadlocks ou locks trouvent leurs origines dans plusieurs cultures anciennes d’Afrique, d’Asie et même dans certaines traditions spirituelles. Elles ont été popularisées à travers le mouvement rastafari en Jamaïque comme symbole de spiritualité, de résistance, d’identité et de liberté. Pourtant, dans plusieurs sociétés africaines, notamment en RDC, la mode des dreadlocks n’a pas bonne presse. Les adeptes de cette mode sont la plupart du temps perçues comme indignes, délinquants ou consommateurs de drogues. Dans les rues, dans les écoles, dans les églises et même dans les milieux professionnels, les jugements persistent.
L’avis d’un dirigeant de PME
Pour comprendre cette réalité, nous avons échangé avec un chef d’entreprise à qui une question simple mais révélatrice a été posée : « Si deux candidats arrivent à la phase finale d’un recrutement, l’un avec des dreadlocks ayant obtenu 66% au test et l’autre sans dreadlocks avec seulement 5%, lequel choisiriez-vous ? »
Sa réponse a été directe :
« Celui sans dreadlocks paraît plus digne de confiance. »
Une réponse qui démontre combien les préjugés liés à l’apparence continuent d’influencer certaines décisions, même face à des compétences évidentes.
Le problème n’a jamais été le style mais plutôt le cœur
Pourtant, certains choisissent aujourd’hui de porter des dreadlocks tout en assumant pleinement leurs responsabilités en société. C’est le cas de Reagan Sawa Sawa, fils de pasteur et engagé dans le travail humanitaire. De nature calme et réservé, son travail est axé sur l’aide aux plus vulnérables et aux marginalisés. Avec ses locks, il casse plusieurs clichés autour de cette coiffure. Selon lui, les dreadlocks lui permettent de rester abordable dans son travail communautaire et humanitaire. Ils donnent aussi aux personnes marginalisées, souvent jugées à cause de leur apparence, le sentiment d’être acceptées sans condamnation.
« Les gens considèrent souvent les personnes en dreadlocks comme des ivrognes ou des voyous. Pourtant, ce sont aussi des âmes que Dieu aime », explique-t-il.
En tant que fils de pasteur, Reagan affirme que ses locks n’ont jamais impacté négativement son comportement ni sa foi chrétienne. Au contraire, elles lui permettent d’attirer vers l’église des personnes qui n’y seraient peut-être jamais entrées par peur d’être jugées.
« Beaucoup de jeunes avec des dreadlocks se sentent rejetés dans certaines églises. Moi, je veux qu’ils viennent tels qu’ils sont afin qu’ils puissent réellement rencontrer Christ comme sauveur. »
Il appelle ainsi la communauté chrétienne à regarder les personnes comme Dieu les voit, sans se limiter à l’apparence physique.
« Le plus grand commandement que Jésus nous a laissé, c’est l’amour. Il existe des pasteurs sans dreadlocks qui causent énormément de dégâts dans la société. Le problème n’a donc jamais été le style, mais le cœur. »
Mon appel à changer de regard
À travers cette journée du 11 mai, plusieurs jeunes souhaitent voir évoluer les mentalités. Les dreadlocks ne devraient plus être automatiquement associées à la délinquance ou à l’immoralité. Derrière chaque style se cache une histoire, une personnalité, parfois même une mission de vie. La société est appelée à apprendre à juger les individus selon leurs valeurs, leurs compétences et leur comportement, et non selon leur coiffure. Les dreadlocks sont pour certains une identité culturelle, spirituelle ou artistique. Elles ne définissent ni l’intelligence, ni le sérieux, ni la moralité d’une personne.
Bonne fête des Rastas à tous les membres de cette communauté qui portent leurs locks avec fierté, responsabilité et authenticité.
