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Sama Lukonde premier ministre : la carte Katanga de Félix Tshisekedi

Le premier ministre de la RDC qui succède à Ilunkamba s’appelle Sama Lukonde. Ainsi en a décidé le président Tshisekedi ce lundi 15 février, en jouant la carte Katanga dans un contexte politique tendu.

Il n’y a pas de secret, et Félix Tshisekedi n’invente pas la roue au Congo. Équilibrer le pouvoir, et cela se joue sur une géographie politique basée sur un souci d’aller où l’opposition risque d’être le plus rude possible. Et c’est justement, pour lui, dans le Katanga, avec Sama Lukonde.

Petite « géopolitique » intérieure

Région agricole, et surtout riche en cuivre et cobalt qui sont une importante contribution au trésor public en termes de taxes et redevances, le Katanga est aussi le lieu où s’est retiré depuis plusieurs semaines l’ancien président de la RDC Joseph Kabila.

Diminué dans ses manœuvres en ce que son successeur est en train de démenteler son Front commun pour le Congo, Kabila parle peu. Mais ses proches, jusqu’en janvier 2021, ont multiplié des déclarations politiquement très chaudes.

L’un d’eux, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, a même été arrêté, jugé et condamné à une peine de prison pour ses propos jugés séparatistes, prononcés contre le régime au pouvoir.

Aussi, et cela date du 14 février 2021, le mouvement séparatiste Bakata Katanga, à qui cela est attribué par certains analystes, a lancé une nouvelle attaque sur Lubumbashi. Cela a causé la mort d’au moins 11 personnes.

En nommant Sama Lukonde premier ministre pour succéder à un autre Katangais comme lui, le président ne cache pas son intention. Il veut calmer le jeu et envoyer un message : que cette région ne perd pas sa place en termes d’influence ou pouvoir.

Kabila l’a fait en son temps, en nommant davantage de ministres issus du Kasaï, base de l’opposition d’Étienne Tshisekedi, ou encore des ministres du Kivu déchiré par la guerre ; ainsi que dans le Congo central.

En même temps Félix Tshisekedi envoie d’autres signaux importants. D’abord, que la question sécuritaire qui en révèle l’autre sociale (pauvreté, redistribution des richesses minières), est désormais entre les mains des leaders de la région.

Et ceci que, ensuite, il reste déterminé dans sa rupture avec l’ancien régime, son allié durant le précédent gouvernement. Le premier ministre ne vont donc pas du FCC de Joseph Kabila. Puisque Sama vient d’un allié au camp présidentiel, l’Avenir du Congo, parti d’un proche à lui : Dany Banza, son ambassadeur itinérant.

Des défis majeurs

Il restera de voir à l’œuvre ce nouveau leadership qui se configure. Jusqu’alors chef de la Gecamines, qu’il dirigeait sous la présidence du kabiliste Albert Yuma, Sama a été député national jusqu’en 2011 et a déjà une expérience au sein du gouvernement pour y avoir exercé en tant que ministre des sports.

Mais premier ministre, c’est un autre paire de manche. Surtout dans un contexte de crise, y compris dans sa propre base arrière.

Il devra sûrement y gérer en plus des mines auxquelles il était habillé en tant qu’ingénieur depuis plus d’une année, les frustrations du camp Kabila, les velléités indépendantistes, des ambitions présidentielles de certains, et les attentes du reste du Congo.

Des attentes des politiciens qui sans doute, ont désormais le droit d’exiger de Félix Tshisekedi de leur donner de gros portefeuilles au sein du gouvernement, en guise d’équilibre du pouvoir. Or, un des alliés majeurs de la dynamique en cours, Moïse Katumbi (du Katanga aussi) pourrait exiger oreil du président. Début d’un tracas présidentiel.

 

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