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Spécial LUCHA : Qui finance le mouvement de la lutte pour le changement ?

Crée en 2012, le mouvement Lutte pour le changement LUCHA a déjà fait parler de lui mondialement, il est l’un des premiers et plus influents mouvement citoyens congolais se définissant comme non partisan et pacifique.

En seulement quatre ans d’existence, la LUCHA s’est étendue dans plusieurs grandes villes du pays et ses partisans sont très présents sur les réseaux sociaux et voyagent à travers le monde pour mener leur lutte. Mais d’où vient l’argent de ce mouvement si indépendant qui mène des actions sur tout le territoire national ? Ce jeune mouvement a tellement pesé sur la scène politique congolaise que la libération de certains de ses membres emprisonnés a fait partie des mesures de décrispation politique, un des préalables au dialogue politique de la cité de l’Union africaine.

Mais ce mouvement a connu des tempêtes dans le dernier tiers de cette année 2016. Après avoir été reçue à Goma par le Président en août 2016, la LUCHA a dû faire face à un conflit interne, quand sept militants ont été accusés d’avoir perçu des milliers de dollars d’un conseiller du chef de l’Etat.

Début décembre un enregistrement dans lequel un membre de la LUCHA se plaint du détournement de 120.000 dollars par un groupe de militants a également enflammé la toile. La question est donc revenue de plus belle : qui finance réellement la LUCHA ?

Pour certains membres de la majorité présidentielle c’est l’occident qui ‘’finance et manipule’’ les militants de ce mouvement, essentiellement composé de jeunes afin de « déstabiliser » le pouvoir en place en RDC. Beaucoup de citoyens lambda partagent d’ailleurs cette vision et pensent que ces jeunes sont financés par l’Europe et qu’« ils iront s’y exiler en cas de pépins et qu’ils vivront heureux » là-bas. D’autres encore pensent qu’il y a des gens au sein même du gouvernement qui apportent de l’argent pour ‘’bien se positionner politiquement’’. Les théories et les rumeurs sont légion, Habari RDC a donc voulu en avoir le cœur net. Au cours d’un déjeuner nous avons engagé la conversation avec l’un des fondateurs de ce mouvement, et lui avons posé quelques questions. Nous l’appellerons Lucha car il souhaite garder l’anonymat.

Parlons d’abord de votre rencontre avec le président. Est-il vrai que sept membres de la LUCHA ont reçu de l’argent de la part d’un conseiller de Kabila ?

Lucha : Je suis ravi de pouvoir enfin parler de cette question avec un journaliste et blogueur, je vais te parler en toute franchise. D’emblée je te dis qu’on n’a jamais rien reçu du président. En fait on n’a plutôt rien « accepté » de sa part ou de la part de son entourage. J’étais moi-même parmi ces sept personnes qu’on a soupçonné d’avoir accepté de l’argent de la part d’un proche du président. Je vais donc prendre le temps d’expliquer les faits dans les détails. Avant ce fameux jeudi 18 août, un de ses conseillers nous a donné rendez-vous dans un hôtel ici à Goma. Nous étions sept et nous avons rencontré ce conseiller. Il a commencé par nous proposer de manger et de boire selon nos choix et on a décliné cette offre poliment. Il a insisté et on a menacé de partir car « on était venu discuter et non manger ou boire »

Il nous a demandé qui on était et quelles étaient nos revendications, « car nous étions des fils du pays et qu’on méritait d’être écoutés ». Il nous a dit que le président voulait savoir ce qu’on demandait. On a alors expliqué qu’on luttait pour le changement, que nos actions et nos revendications étaient menées pacifiquement, et que la LUCHA cesserait d’exister si un réel changement intervenait au pays.

A la fin de l’entretien il nous a proposé de l’argent. « Pour le transport » nous a-t-il dit, mais nous avons refusé l’offre car on disposait de notre propre argent pour le transport. Il a été très surpris de notre position si catégorique ! Il nous a annoncé que le président désirait nous recevoir en personne, et on lui a répondu qu’on le rencontrerait si notre agenda nous le permettait car à l’époque on avait beaucoup d’actions pacifiques à mener.

Puis le Président nous a reçu. Nous étions quarante-sept militants et nous avons discuté pendant plus de deux heures. Nous étions seuls avec lui dans la salle, seul son conseiller que nous avions déjà rencontré et une autre personne l’accompagnaient.

De quoi avez-vous parlé avec le président alors ?

 Lucha : Il nous a demandé ce qu’on voulait. Nous lui avons dit clairement que nous voulions une première alternance pacifique au pouvoir et qu’on voulait le voir sénateur à vie après le 19 décembre 2016.

Nous avons aussi parlé de l’insécurité à Beni et de la libération de nos membres détenus dans des prisons partout au pays. A la fin il nous a serré la main et nous avons pris une photo de famille. Nous n’avons jamais reçu d’argent de la part du président !

Alors qu’en est-il de ces enregistrements téléphoniques qui évoquent le détournement de plusieurs dizaines de milliers de dollars ?

Lucha : Ce sont des montages faits simplement pour nous discréditer ! Rien de plus ! On n’a jamais rien reçu, d’aucune ambassade ni d’aucun gouvernement. Rien !

Concrètement ? Vous avez tous des t-shirts imprimés LUCHA, des chapeaux, des drapelets et des drapeaux, vous imprimez des milliers de tracts que vous partagez aux passants, vous mangez et buvez après vos actions, vos membres en prisons vous les nourrissez, vous voyagez, d’où provient tout cet argent ?

Lucha : La LUCHA n’est pas qu’un mouvement de jeunes étudiants et de chômeurs ! Beaucoup de nos membres travaillent, des commerçants, des chauffeurs de taxi et même des hauts fonctionnaires. Bref c’est par les cotisations de nos membres que viennent toutes nos finances. A la base la cotisation hebdomadaire est de un dollar américain par membre. Les membres les mieux placés donnent plus, et voilà. Regarde par exemple avec cette feuille A4 imprimée à seulement 20Fc (0,02 USD) nous pouvons produire six tracts ! Avec un dollars on peut imprimer 300 tracts, tu vois qu’on peut bien supporter cette charge seul !

Mais quand même, vous recevez des donations de certaines organisations ? Par exemple le mouvement frère des  « Y’en a marre » du Sénégal ? Ou des ONG de droits de l’homme ?

Lucha : Rien du tout ! Par contre quand nos militants sont arrêtés ou en procès, des ONG de droits de l’homme supportent les honoraires de nos avocats. Ce sont les avocats qui nous défendent qui perçoivent cet argent, jamais nous la LUCHA.

Revenons aux repas de nos membres en prison. Les rumeurs sont légion et des gens disent qu’on mange comme des rois en prison ! C’est faux, ce que l’on mange c’est de la nourriture basique qui vient des familles des militants de la LUCHA ! On mange des plats simples, c’est tout. C’est ça la LUCHA ! Mais je dois avouer aussi qu’il y a malheureusement des membres avares et des escrocs. On nous a déjà rapporté des cas ou des membres sont allés prendre de l’argent chez des particuliers sympathisants qui voulaient nous soutenir. Ils prennent l’argent au nom de la LUCHA et le garde pour eux car ils savent qu’on ne peut accepter aucun don. Oui malheureusement cela est déjà arrivé.

Pour finir, je tiens à rappeler que si il y avait un réel changement en RDC, nous cesserions d’exister. On est Lutte pour le changement. C’est tout …

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Les commentaires récents (7)

  1. C’est un bon depart pour la jeunesse congolaise. Je suis jeune et je voudrais parler au président du dit mouvement pour mon intégration.

  2. Courage chers patriotes. N’envisagez pas deja de cesser d’exister car le mal profond. C’est une question assez generalisee de manque de personnalite et de convictions, de non approprition de la notion d’Etat ou de citoyennete dans le chef des elites qui pour la plupart ont etudie pour etre riches et non rendre le pays prospere. Il faudra au moins cinq alternances pacifiques successives pour penser avoir stabilise la democratie congolaise porteuse de changement.

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