« La toile de la paix », l’œuvre participative de Wahem’s

Construire la paix avec les arts, c’est possible. En tout cas c’est ce que pense Mumbere Wahemukire alias Wahem’s. Il a lancé depuis Butembo dans l’est de la RDC, la création d’une œuvre collective dénommée « La toile de la paix ». Sur une toile peinte de scènes d’atrocités, des Congolais de tous bords et de toutes les couches sociales recouvreront cette toile par de la peinture blanche, symbole de paix. Depuis un mois déjà, le tableau voyage à travers la RDC grâce à l’appui logistique de la Monusco. Et à chaque étape, une partie de l’espoir est peinte en remplacement des atrocités du passé. Que comprendre alors de « la toile de la paix » ? Habari RDC a rencontré Mumbere Wahem’s.

Habari RDC : Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la toile de la paix ?

Wahem’s : C’est en fait une peinture de 80 centimètres sur 130. Cette peinture est subdivisée en deux parties : une première sur laquelle nous avons illustré les atrocités, la seconde partie, nous l’avons laissée toute blanche. Il est question que l’on efface la partie où il y a des atrocités en y appliquant de la peinture pour qu’une nouvelle image apparaisse. Au même moment que l’on sera en train d’effacer les atrocités, une autre image sera en train d’apparaitre sur l’autre côté de la toile.

Quel message voulez-vous transmettre par le fait d’effacer d’une part et de dessiner de l’autre ?

C’est en fait pour signifier la construction de la paix en partant d’un état d’atrocités vers une vie de paix et d’harmonie entre les hommes. Comme vous le savez, la construction de la paix n’est possible qu’avec le concours de tout le monde. C’est pour cette raison que nous voulons faire participer tout le monde en amenant chacun à mettre une peinture sur cette toile, signe d’engagement pour la paix. Vous savez que pour qu’un pays se développe et que le monde se construise, il faut qu’il y ait la paix. Voyez-vous, à cause du manque de paix, on a tendance à faire de la monotonie : on dessine la paix, on chante la paix, on déclame la paix. La paix, rien que la paix… Pourtant nous avons plusieurs autres thèmes à développer pour le bonheur du monde ! Ainsi, nous espérons qu’avec cette toile, les lignes pourront bouger car tout le monde va y participer depuis son coin en RDC. Celui qui est en train de placer ou qui placera de la peinture sur la toile témoignera de son engagement pour la paix.

Vous dites que vous continuez à appliquer de la peinture. Donc l’œuvre n’est pas encore achevée ?

Non en fait ! La toile de la paix est un grand projet que nous avons conçu en tant qu’artiste, mais l’idée c’est de faire participer tout le Congo à sa construction. Vous le savez, l’artiste a toujours son idée à lui qu’il conçoit dans son atelier. Mais nous avons pensé que pour donner plus de valeur à cette toile, il faut faire participer toutes les couches de la population. Nous avons fait le lancement dans la ville de Butembo, mais la toile pourra circuler dans toute la RDC voire dans la diaspora congolaise pour que chacun y participe. Nous sommes en train d’élaborer le programme de la tournée avec la section de l’information publique de la Monusco Beni-Butembo-Lubero. Nous en profitons pour lancer un appel à toutes les autres bonnes volontés pour l’avancement positif de l’œuvre !

Quelle chance accordez-vous à cette œuvre pour le retour de la paix en RDC ?

Jusque-là je me dis que depuis que la peinture existe, il n’y a jamais eu une œuvre de peinture à laquelle tout le monde a participé en dehors de l’artiste concepteur lui-même. Nous avons donc espoir qu’avec cette participation de tout le monde, l’idée de la paix à construire ne sera plus de l’artiste seul mais de tout le monde, étant donné que tout le monde aura posé sa main pour peindre cette toile de paix. Ainsi, lorsqu’aura disparu toute la partie sur laquelle nous avons illustré les atrocités, cette partie sera blanche c’est-à-dire sans aucune image. Il faudra alors y appliquer une peinture. Nous pensons que cette étape sera réservée aux Congolais de la diaspora pour qu’eux aussi puissent toucher à la toile. Et donc, la toile de la paix sera réalisée par tout le monde.   

D’où vous est venue l’idée de concevoir une toile pour la paix ?

En fait, je suis artiste dans plusieurs domaines. Et dans chaque art où je me retrouve, ce qui me préoccupe le plus, c’est de créer et d’innover. Depuis ma quatrième année de l’école primaire quand j’ai commencé à faire de la peinture, et de la musique depuis 2009, je me demande toujours ce que je peux faire pour produire quelque chose de grandiose. A vrai dire, je ne sais pas dire facilement comment cela est arrivé. Je crois que c’est une inspiration du Saint-Esprit mais aussi une réponse de mon cœur au contexte d’atrocités dans lequel nous vivons au quotidien. Je pense d’ailleurs que ce n’est pas une toile spéciale parce qu’à mon avis il y a de plus beaux tableaux que ça. Seulement sa valeur vient du fait que nous avons voulu faire participer tout le monde à sa réalisation, même les peuples que l’on a tendance à oublier comme les Pygmées. C’est cette idée originale qui donne de la valeur à notre inspiration. La toile de la paix, c’est un grand projet né à Butembo mais jusque-là je ne connais pas encore sa destination finale, car ce n’est plus ma toile ; je veux que ce soit une toile du monde.

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