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Gizenga le grand lumumbiste nous a quittés

De nombreux Congolais, moi y compris, ont appris la lutte du Premier ministre Patrice Lumumba pour l’indépendance à travers des figures restées fortes dans la mémoire collective. C’est le cas d’Antoine Gizenga. Ce leader du Parti lumumbiste unifiée (Palu) est l’un des grands noms de l’histoire politique de la RDC.  

Antoine Gizenga est l’un de ceux qui se sont révoltés, comme Laurent-Désiré Kabila, lorsqu’ils ont appris l’assassinat du Premier ministre Patrice Lumumba. Gizenga entre en rébellion, jusqu’à Kisangani pour faire de la résistance face à cet assassinat qui sonne comme un coup fatal porté à la démocratie congolaise encore en gestation.

Gizenga, ce nom fétiche congolais

Gizenga est également un de ces noms fétiches qui font frémir d’admiration de nombreux Congolais. Un nom qu’ils lisent dans les livres et les cours d’histoire. Il est une icône et le restera jusqu’à son extinction. On peut tout de même relever quelques erreurs qui, dans sa vie, auront un peu assombri son aura de lumumbiste.

En 2006, Gizenga devient Premier ministre du premier gouvernement de Joseph Kabila qui vient d’être élu président de la RDC. Le moment est historique, et l’espoir de changement grand pour la population qui croit en ce lumumbiste. Le vieux patriarche s’associe à un jeune chef d’Etat, Joseph Kabila, lui aussi porteur d’espoir et digne de  confiance. Trois ans plus tard, visiblement vaincu par le poids de ses 83 ans d’âge, Gizenga démissionne. Rien d’anormal. Sauf que le lumumbiste nationaliste comme on le connaît, peine à concrétiser le début du grand changement attendu par la population. Les cinq chantiers (eau, électricité, emplois, etc.) promis par Joseph Kabila, ne démarrent donc pas, laissant ainsi les Congolais sur leurs attentes. Et surprise pour beaucoup, le Premier ministre se fait succéder par son neveu, Adolphe Muzito.

Leader nationaliste, les yeux dans la famille

Muzito, qui sort du Parti lumumbiste unifié (Palu), a la réputation de bon économiste. Pourtant, il partira lui aussi de la primature sans avoir amélioré les conditions de vie de la population. Il revendique néanmoins l’embellie de l’économie nationale qui sous son gouvernement a frôlé une croissance à deux chiffres. Mais, Gizenga qui a pris sa retraite va surprendre en brillant par des tâtonnements politiques dignes d’un clientélisme caractéristique des politiciens congolais.

Le Palu a tantôt un pied dans l’opposition lorsqu’il s’estime mis à l’écart par un régime qui se reconfigure à l’issue de la présidentielle de 2011. Tantôt, le parcours rejoint la majorité au pouvoir et en partage parfois le bilan, au grand dam de ceux qui espéraient voir les lumumbistes s’éloigner d’un système politique devenu un peu plus hostile aux libertés publiques.

Coup de grâce d’un lumumbiste

La confusion est telle que le parti s’en trouve fragilisé, avec un de ses meilleurs militants exclu du parti, Adolphe Muzito. Ces bisbilles entre les pro-Kabila et les pro-Muzito poussent le Palu à imposer comme candidat à la présidentielle le vieux fondateur du parti. Mais la Céni exclura de la course à la présidentielle Gizenga lui-même, mais aussi son neveu Muzito. Ça aura sûrement été la dernière des actions d’un Gizenga résistant dont, hélas, les actes contrastent désormais avec le sens de sa propre lutte. Malgré tout, cela ne pourrait effacer toute une vie de combat politique du patriarche.

 

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