Bibliobus_ou_la_bibliothèque_ambulante_ @Photo Wikipedia
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Bibliobus ou quand le livre s’amène au lecteur à Lubumbashi

Les dieux de la lecture seront-ils contredits cette fois ? Les Congolais seraient un peuple qui ne lit pas ou pas assez. Une affirmation qui égratigne sans doute les nerfs sensibles, ceux qui croient au capital intellectuel de ce peuple. C’est la revalorisation de ce capital que se lance comme défi la Fondation Yantumbi de Lubumbashi. Elle propose un projet dénommé : Bibliobus. Entendez : une bibliothèque ambulante, gratuite, qui va vers les élèves.

« Le savoir s’amène chez vous ».  C’est le slogan de Bibliobus. Une réconciliation forcée ou facilitée dirait-on, entre le lecteur et le livre. Bibliobus se présente donc comme un projet pour une jeunesse d’élite. Une alternative contre l’oisiveté juvénile. Il vise à « promouvoir la culture de la lecture, initier les élèves au travail et à la recherche » et contribuer à l’amélioration du niveau intellectuel des élèves congolais.

D’un point à un autre, des livres seront conduits à travers la ville de Lubumbashi auprès des élèves du secondaire et ce, sans frais ni engagement. Les élèves, à partir de leurs écoles, pourront emprunter des livres et aller les dévorer, puis les rendre au bout d’un temps défini. Au bout d’une année scolaire, les plus engagés auront lu beaucoup.

En guerre contre la modernité ?

On pourrait s’imaginer que l’initiateur de Bibliobus n’est qu’un conservateur incapable de s’inscrire dans la marche du temps. Pourquoi imposer l’imprimé quelque peu encombrant si le numérique peut alléger la tâche au lecteur ? Mais ce serait gravement faire fausse route.

Kalenge Yamukena Yantumbi, enseignant d’université et créateur de Bibliobus, connaît bien le numérique. Il connaît aussi l’importance de la culture contenu dans les livres actuels, ou de vieux livres. « Happés par la fluidité, la facilité et l’instantanéité des interactions sur les réseaux sociaux, bien des gens, les jeunes pour la plupart, sont rétifs aux livres. Pourtant, explique-t-il, ils sont le creuset des savoirs ».

En réalité, Internet n’est pas attaqué par Bibliobus. Il n’est d’ailleurs pas le lieu du savoir, mais un des lieux où ce dernier est accessible. Seul le livre est donc promu et l’avenir repensé, dans Bibliobus.

Mais Internet pourrait bien aider davantage de jeunes que l’on devrait initier à certaines disciplines propres à la lecture en bibliothèque. « Cette culture de l’instantanéité contribue à l’accélération du rythme de production, de reproduction et d’accumulation des savoirs, estime Kalenga Yantumbi. Mais elle n’en déduit pas moins tant leur dépréciation que leur perte », considère-t-il, sans doute avec raison.

Bibliobus voudrait alors que le savoir soit entre les mains de la jeunesse en tout temps et en tout lieu, mieux qu’avec Internet qui implique un coût pas toujours à la portée de tous les jeunes Congolais. Des livres s’amènent aux lecteurs, cela devrait faire des envieux, en plus de susciter des vocations pour le lecteur…

La connaissance, un capital

Kalenga Yantumbi est convaincu alors que posséder des connaissances, celles que contiennent les milliers de livres que Bibliobus propose, c’est posséder de la richesse. Par conséquent, le Congo devrait veiller à produire et à rendre disponibles les savoirs.

On devrait donc investir dans l’acquisition des connaissances, dans la formation et la production. En d’autres termes, à la base, soigner la qualité du système éducatif national. Car, affirme l’enseignant, « avoir un privilège face au savoir implique un privilège face à l’action ». inversement, insiste-t-il, « renoncer au savoir, c’est se priver d’une certaine marge d’action ».

 

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