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Félix Tshisekedi : évitez de marcher sur les traces de vos prédécesseurs (partie 2)

Ce n’est pas que désormais Joseph Kabila s’est incarné dans son successeur. Bien au contraire. Félix Tshisekedi a même eu ce qu’il voulait : déboulonner, selon son propre terme, la « kabilie ».

Voici la seconde partie de ce blog que je vous ai proposé sur « la glissière de Kabila » qui semble attirer son successeur. Il est vrai que le président Tshisekedi a posé des actes qui ont suscité de l’espoir chez plusieurs, y compris moi. Un proche, et pas le moindre, jugé et condamné pour détournement. Vital Kamerhe, son directeur de cabinet. Ça, c’est joli, non ?

Puis, malheureusement, les choses semblent s’arrêter là pour son camp. En revanche, il y a plutôt beaucoup de dossiers judiciaires contre des membres de l’ancien régime. Non pas qu’ils soient innocents ! Loin de là ! Mais, on ne saurait accepter que la lutte contre la corruption et le détournement se passe seulement contre les pro-Kabila.

Prenons à présent cet autre exemple. Le débat sur les élections et le recensement général en RDC. Aussi important qu’il soit, le recensement aurait servi de prétexte au régime de Kabila pour retarder les élections attendues en 2016. Pressé, le régime avait dû lâcher prise, et le projet qu’il défendait pour ses nombreuses vertus fut abandonné. On a ainsi fini par deviner l’intention dénoncée au départ.

Tshisekedi admirateur de « la glissière de Kabila » ?

Félix Tshisekedi, et avant lui son père, Étienne, était bien présent dans ce débat. Il était un des fervents militants contre le recensement. Curieusement, une fois sur le même siège de celui qu’il avait critiqué, il semble pris d’une étonnante obsession à lancer ce recensement avant les élections.

C’est entendu que ce recensement peut prendre deux ans, voire plus. Or, il servira aussi à identifier les majeurs, et donc, à constituer le fichier électoral. Dans l’hypothèse où les opérations devraient prendre du retard, le risque d’un retard (glissement) dans le calendrier électoral serait inéluctable.

Et, l’ancien farouche opposant aux manœuvres de Kabila passé pour maître en matière de glissement, serait alors en train d’enfoncer vaillamment la glissière chère à Kabila. Plus facilement, alors, Félix Tshisekedi serait aussi glisseur que Kabila. Les deux se confondraient, seraient probablement pareils, et la population serait forcée de confirmer ce que beaucoup disent : ils sont pareils, les politiciens.

Or, le Congo attend plutôt de Félix Tshisekedi qu’il prenne un virage vers un État normal qui respecte la population, le pays et ses lois. Le problème, vous le saisissez in fine ? Ce sont les courtisans, ceux qui passent du temps dans les couloirs présidentiels, à chercher à se montrer meilleurs que Jésus-Christ. On sait que c’est toujours pour séduire le président plutôt que de l’aider à relever ses défis.

Félix Tshisekedi, ouvrez les yeux !

Il en a été ainsi sous Kasavubu, sous Mobutu, et sous les Kabila. Si Tshisekedi ne sait pas se départir dès aujourd’hui de l’inclination de certains proches à défier les gens, il finira comme ceux qu’il a combattus.

Et ce n’est pas ce que nous attendons de lui. Il est encore grand temps pour lui de poursuivre sa ligne à lui : celle dictée par ce qu’il appelle « le peuple d’abord ! ». Si tout cela devrait changer en « Tshisekedi d’abord », ce serait bien dommage.

 

*Cet article est écrit avec l’appui technique d’Internews, grâce au financement de la coopération suédoise, l’USAID et la coopération suisse.  Les opinions partagées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues de l’Agence suédoise de développement international (ASDI), de l’USAID, du gouvernement suédois et du gouvernement des États-Unis.

 

 

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