Délocalisé, bousculé, mais jamais affaibli. Le festival Amani vient de réussir son pari à Lubumbashi. Il confirme ainsi sa capacité à se réinventer, même hors de ses bases historiques. De Bukavu en 2024 à Lubumbashi en 2026, l’événement démontre une résilience et une ambition renouvelées. Mais au-delà de cette réussite, les regards sont déjà tournés vers l’avenir. Une ambition se dessine : faire rayonner les valeurs du festival jusqu’à la prochaine Biennale de Luanda, prévue en octobre 2026 en Angola.
Dévoilée par Augustin Bikale, administrateur national du programme Culture à l’UNESCO, cette vision repose sur une idée simple : élargir l’impact d’Amani au-delà du cadre festivalier, en faisant de l’événement un véritable vecteur panafricain de paix. La Biennale de Luanda, initiative conjointe de l’Union africaine, de l’UNESCO et du gouvernement angolais, constitue à cet égard un cadre idéal. Organisée tous les deux ans, elle promeut la culture de la paix à travers les industries culturelles et créatives, ainsi que l’entrepreneuriat culturel.
Pourquoi l’UNESCO était à Lubumbashi ?
Partenaire du festival depuis ses débuts, l’UNESCO a pris part à cette 11e édition avec un objectif précis : apporter un appui technique et stratégique. Cet engagement s’est traduit par la participation de son représentant à plusieurs panels, notamment sur le droit d’auteur, le thème « Re-Devenir », ainsi que les politiques culturelles en faveur de la jeunesse.
Preuve de l’intérêt suscité, ces échanges ont réuni des acteurs clés du secteur culturel congolais, parmi lesquels Théodore Nganzi, Brigitte Mbaz ou encore Marcel Yabili. Si le premier est directeur de cabinet adjoint au ministère de la Culture, Mbaz et Yabili s’illustrent comme des entrepreneurs culturels remarquables, respectivement à travers Kolkwen et le Musée familial Yabili. Au-delà des panels, le dialogue engagé avec les autorités provinciales et les artistes – dont le rappeur Z-Chief – témoigne d’une volonté de structurer durablement l’écosystème culturel local.
Porter et faire entendre la voix congolaise jusqu’à Luanda
Pour Augustin Bikale, le festival Amani occupe une place unique en République démocratique du Congo. Selon lui, il s’agit du seul événement capable de porter, à une échelle internationale, un message cohérent de paix et de cohésion sociale.
Parmi les pistes évoquées figure un projet ambitieux : la production d’une chanson panafricaine réunissant des artistes de divers horizons. Une initiative qui prolongerait l’esprit du festival tout en amplifiant sa portée symbolique.
Après Lubumbashi, Goma ?
Si la délocalisation du festival s’explique par des impératifs sécuritaires, elle ouvre également de nouvelles perspectives. Amani reste profondément ancré dans son identité territoriale, mais son modèle pourrait inspirer d’autres villes, à l’instar de la Biennale de Lubumbashi, dont les deux dernières éditions ont exploré la notion de toxicité comme « condition d’existence affectant inextricablement les mondes sociaux ».
Cette démarche s’inscrit elle aussi dans une dynamique de réflexion collective visant à porter un regard critique et transformateur sur l’environnement social et culturel, à Lubumbashi comme ailleurs.
Une approche en résonance avec les orientations de la politique culturelle nationale, qui encourage chaque entité à développer une « action culturelle de base », véritable levier de développement local. Pour autant, Goma conserve une place particulière dans l’ADN du festival. Ville marquée par les conflits, elle incarne pleinement les valeurs de paix et de résilience que défend Amani.
En s’inscrivant dans la perspective de la Biennale de Luanda, le festival Amani franchit un cap : celui du passage d’un événement culturel à une plateforme d’influence continentale. Entre enracinement local et ambition panafricaine, il esquisse une trajectoire où la culture ne se contente plus de rassembler, mais devient un véritable outil diplomatique au service de la paix.
De Lubumbashi, où il a prouvé sa résilience, à Luanda, où il ambitionne d’élargir son influence, Amani ne change pas seulement d’échelle, il change de rôle.
