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L’éternel recommencement congolais m’attriste

Triste Congo ! Les dirigeants congolais se moquent de leur peuple. Il semble qu’on recule pour mieux sauter, mais en RDC, échouer est un job. Pas de honte donc. Il faut produire un chaos, un éternel recommencement, pour que s’enrichissent des individus.

C’est un contraste caractéristique de la RDC : un pays immensément riches en ressources naturelles, mais une population diablement pauvre, paupérisée par une classe politique qui ne sait pas mieux faire que provoquer des crises en vue de s’enrichir et rester au pouvoir. Sinon, comment comprendre que le Congo émergent hérité de la Belgique soit descendu toujours plus bas 56 ans après ? Nous voici dans tous les tristes classements : corruption, guerres, maladies, pauvreté…

Le Congo dont je parle n’est pas livresque, appris en géographie ou en histoire : je vis depuis 34 ans, plus intensément depuis mon adolescence. Comme plusieurs citoyens de mon âge, si on s’améliore, c’est grâce aux écoles confessionnelles, à leurs hôpitaux, à leur encadrement. Parfois même, ce sont les missionnaires et les ONG qui bâtissent ponts et routes et les dirigeants inaugurent, bien filmés pour être vus à la télévision.

Le Congo de nos mensonges

C’est parfois un malheur de pouvoir réfléchir sur le cours de nos vies dans ce pays. Dans une infographie sur les dialogues éternels en RDC, j’ai démontré comment les Congolais n’ont jamais réussi à se servir des palabres pour régler durablement leurs problèmes et aller de l’avant. Dans un illustre éditorial, Fils Ngeleka a révélé une République de bonnes intentions dans lesquelles se meurent nos actions. Ici, « justice, paix et travail », c’est pour demain !

En 1997, lorsque Laurent-Désiré Kabila signe la chute du dictateur Mobutu, plusieurs Congolais osent croire aux « libertés », à la démocratie. Mais rien ne change ! Puisque l’ancien régime mis de côté finit par revenir et s’installer. Plus encore, Kabila est assassiné, la RDC souffre des rebellions qui déciment 5 millions de personnes. On pense à Mobutu !

Même la paix pourtant présente dans toutes les promesses ne peut être accordée au peuple, et les droits humains sont tellement inaccessibles pour être accordés aux Congolais.

L’éternel recommencement congolais

Comme à l’indépendance, en 1960, à la démocratisation du Zaïre en 1990, la RDC plonge dans une contestation des institutions et des dirigeants qui viennent de perdre toute légitimité. Si les élections que gagne Joseph Kabila en 2006 sont une sacrée occasion de tourner la page, comme le veut d’ailleurs la Constitution qui verrouille des dispositions sensibles comme le mandat du président, les vieux démons se réveillent seulement trois ans après.

Kabila entame le chemin de modification de la Constitution à sa guise, recommençant ainsi comme Mobutu, le chemin vers la dictature. La présidentielle passe de deux à un tour unique, les parquets sont placés sous la tutelle du ministre de la Justice, la Cour constitutionnelle est clochardisée… De 2015 à 2016, le pays atteint un pic de répressions contre ceux qui refusent le prolongement du mandat présidentiel. Il faut que le mandat présidentiel dure, « wumela » !

En RDC, on ne voit plus que son nombril

Si le pouvoir n’écoute plus son peuple, qui écoutera-t-il ? Et si ce peuple ne lui donne plus sa confiance, qui dirigera-t-il ? Déjà qu’avec la légitimité électorale, les violences armées ne se sont pas totalement tues depuis 2006, qu’arrivera-t-il si les gens restent constamment dans les rues ? On ferme le cœur, on ferme la raison, on ne voit plus que son nombril en RDC.

Nous voici donc sur les pas de tous ceux qui ont échoué, en train de plagier l’histoire noire de notre honte : la dictature, les brimades des libertés, le déni de notre existence en tant qu’Hommes. Il y a-t-il encore de gens qui entendent les glapissements des millions de Congolais qui ploient sous le poids de la faim et craignent d’être égorgés comme à Beni ? Lorsqu’ils descendent dans la rue pour dire « alternance », ils deviennent des « inciviques » ! Vraiment ?

La violence recommence ou mieux, s’attise. Les Congolais ne méritent pas cette honte et ces horreurs. Maintenant que des citoyens ne craignent même plus les militaires qui leur tirent dessus, il faut craindre le pire. Son avenir sécuritaire et la paix en dépendent : le Congo ne devrait pas rester éternellement un réservoir d’insécurité et ce pays destiné à être secouru.

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