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Le parler kinois : appropriation ou déformation du français ?

A Kinshasa, on trouve des mots français qui ont été pratiquement dénaturés ou recyclés. Ils ont trouvé une seconde vie ou mènent désormais une double vie. Un même mot a un sens en français « classique » et un autre en langage kinois. C’est ce que j’appelle ici le « parler kinois ».

En ce mois de mars consacré à la francophonie, le français parlé à Kinshasa ne peut que retenir mon attention. Kinois, nous avons une manière singulière d’employer certains mots français dans notre lingala local. Nous sortons les mots de leur signification du dictionnaire pour leur donner un sens purement kinois. Les exemples sont légion. En voici quelques uns.

Pour répondre à l’appel de Timba Bema : « Africains, approprionsnous le français ! », un pas est franchi à Kinshasa dans ce sens avec ce que je considère comme une sorte de « normalisation » du français à la kinoise. L’initiateur de la Revue des citoyens et des lettres ci-haut cité dit : « Tant que les Africains s’exprimeront en français, mais que le dictionnaire sera établi à Paris, cette langue ne leur appartiendra pas. » Sans créer un dictionnaire à Kinshasa, on s’est inventé presque inconsciemment une manière singulière d’appropriation et de déformation des mots français.

Prince, momie, staff…

A Kin la belle, « prince » veut dire chaussée asphaltée ; « momie » veut dire « petite amie » ou « jeune fille » ;  « kilo » est utilisé pour dire lourd ; « palais » renvoie à un logement, là où l’on habite, une maison donc ; « tombola » se dit des habits de friperie ; « ketch » désigne les baskets ; « esprit » désigne dans certains cas le courage ; « staffeur » personne qui aime s’amuser, ambianceur, fêtard ; « staff » débit de boissons, bistro ; « noix » désigne le chanvre à fumer ; « damage » veut dire nourriture, plat ; « bâiller » c’est « boire » ; « bord ou plan » désigne une chose quelconque ; « dauber » faire l’amour ; « boule » idée, pensée ; « bouliste » quelqu’un qui a de l’imagination ; « fer » fait référence aux masses pesantes dont on se sert pour développer la force musculaire, haltère.

On pourrait prendre beaucoup d’exemples. Le cas du verbe « tôler » qui en kinois veut dire demander de l’argent à quelqu’un ; « prêtre » qualifie une personne jouissant d’une certaine notoriété; « raillement » se dit d’un droit de parking que l’on paie à l’association des chauffeurs du Congo pour embarquer les passagers ; « manette » est souvent utilisé pour exprimer le pluriel de lunettes se référant au lingala local où les mots commençant par (li) forment leur pluriel en (ma) ; « charisme » est pris dans le sens de la frime ; un « Japonais » est une personne qui aime s’habiller des marques japonaises et de manière extravagante, on les appelle aussi les sapeurs ; le « chargeur » est celui qui appelle les passants en criant pour qu’ils montent dans les taxis, taxi-bus ou bus ; « bomber » est l’action pour un receveur, conducteur ou chargeur d’exhorter les passants à monter dans son véhicule.

Dalle, coopérant, Yankee…

Le mot « dalle » est utilisé pour dire fosse septique ; un « coopérant » est une personne vivant de petits métiers ; un « chailleur » est un vendeur ambulant ; « Tintin »  est une personne qui fait de farces comme dans les dessins animés. On dit « barrer » pour tuer ; « forme » signifie vêtement ; « pompe » veut dire robinet ; « tenter » pour attendre ; « câble » désigne un bracelet quelconque ; « taux » signifie coûteux, cher. Un « pire » est un ami très proche, un ami intime ; un « Yankee » est un voyou qui se croit supérieur aux autres.

Si aux yeux de beaucoup ceci paraît être une déformation du français voire un mauvais usage de cette langue, j’y vois plutôt une appropriation de la langue de Molière, une manière pour nous Kinois, de nous afficher et de nous affirmer comme francophones. Sans être exhaustif, voilà entre autres des mots que vous rencontrerez dans le parler kinois. Vous êtes prévenus, à Kinshasa il vous faut le bon dictionnaire !

 


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Les commentaires récents (7)

  1. je dirais « pur » pour ami intime, comme pour dire pur ami; « damer » qui signifier manger à satiété (damer la bouffe dans l’estomac…) et « bailler » c’est consommer jusqu’à en bailler….

  2. TOUT CELA FAIT PARTIE DE L’EVOLUTION ET DU DYNAMISME LINGUISTIQUE. CE QUI ME PREOCCUPE, C’EST LE FAIT QUE LES KINOIS/CONGOLAIS CROIENT QUE LE LINGALA EST TELLEMENT PAUVRE QU’IL A BESOIN D’EMPRUNTER BEAUCOUP (TROP) DE MOTS FRANCAIS POUR SURVIVRE COMME LANGUE.
    Zekeh
    Auteur/Editeur, « A POLYGLOT POCKET DICTIONARY OF LINGALA, ENGLISH, FRENCH, AND ITALIAN. » Cambridge Scholars Publishing. Newcastle upon Tyne, UK, 2016

  3. Je croix que ça c’est sont des termes utilisés entre pptes, dans la rue mais en formulant une phrase complète en mot français cela n’apparaît pas c’est juste de termes, ce que je pense moi

  4. Le mot câble désigne aussi une salutation avec des proches ex: na pesi bango tout câble
    Pour le mot yankee designe les personnes dures d’esprit

    1. Le mot « câble »désigne aussi une salutation avec des proches ex: na pesi bango tout câble
      Pour le mot « yankee » designe les personnes dures d’esprit
      Le mot « choquer »ça veut dire quémander de l’argent à une personne.
      « Danger » pour dire qu’une chose ou une personne est bonne

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