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Astuces pour ne pas se faire arrêter lors des manifestations

Dans des pays réellement démocratiques, manifester pacifiquement, adhérer à un mouvement citoyen, revendiquer ses droits… sont des valeurs dignes d’un État de droit. Par contre au Congo, ce genre d’actions donnent lieu à des arrestations, enlèvements et mort d’homme. Je vous présente quelques astuces pour ne pas vous faire arrêter lors d’une manifestation en RDC.

Déjà vous connaissez des techniques comme s’éloigner des manifestants, ne jamais faire usage de la violence, ne pas diffuser de mauvaises informations sur internet, ne pas menacer les agents de la police, s’habiller légèrement… Bref, tout ce que nous enseignent les défenseurs des droits de l’Homme. Cependant, malgré toutes ces précautions, les Congolais sont, à chaque manifestation pacifique, victimes d’arrestations, d’enlèvements, de tueries, de coups et blessures… Alors, à quoi bon d’y aller ? Ainsi, si vous ne voulez pas vous faire arrêter, tout est question de tendance politique de votre manifestation. Voici à mon avis quatre astuces pour ne pas être victime des répressions des manifestations au Congo.   

1- Participer à une marche organisée par la majorité présidentielle

Lorsque vous participez à une manifestation, tachez de bien savoir de quelle obédience elle est. Tout dépend aussi de ce que vous cherchez (une arrestation ou un encadrement de la police). Il faut bien connaître le type de manifestions auxquelles vous participez. Cette précaution paraît bénigne, mais ça peut vous coûter la vie ou la mort. Si vous êtes de la majorité présidentielle, n’ayez crainte, la police assurera votre sécurité du début à la fin de la marche sans aucun problème. Même votre transport pourrait être pris en charge par les organisateurs à la fin de la journée. Le bilan de la marche sera sûrement 0 mort, 0 arrestation, 0 blessé.

Par contre ce n’est pas la même chose lorsque vous participez à des manifestations hostiles au gouvernement. À titre d’exemple, 4 personnes tuées, 247 arrêtées, 122 blessés c’est le bilan qu’a dressé l’Association congolaise pour l’accès à la justice lors de dernières manifestations organisées par le Comité laïc de coordination. Vous pouvez vous enduire de margarine ou d’eau sur tout votre corps à votre souhait ou encore porter une grande croix de Jésus. Tout cela ne vous garantit aucune immunité face à la police. Le simple fait de manifester, quoique pacifiquement, fait de vous un candidat à la mort. La disparition d’une aspirante religieuse, Thérèse Kapangala tuée par balle lors des manifestations du 21 janvier à Kinshasa n’est qu’une preuve supplémentaire des méthodes répressives de notre police. On peut y ajouter l’arrestation brutale de Yalala, une adolescente de 15 ans à Idjwi dans le Nord-Kivu.

Et pourtant, « une manifestation ne doit pas conduire à une situation de mort d’hommes, pas du tout… ». C’est ce qu’a dit le président de la République lors de sa dernière conférence de presse. Les manifestations de ce 25 février sont un test de démocratie et de tolérance pour nos autorités.

2- Etre membre d’un mouvement citoyen pro-gouvernement

On ne compte plus le nombre d’activistes des mouvements citoyens qui sont sans cesse mis aux arrêts. Je me demande si on devrait normalement être arrêté juste pour avoir pris l’initiative de nettoyer les avenues qui sont devenues sales ? Et pourtant, plusieurs activistes de la Lucha sont arrêtés lorsqu’ils organisent des « salongo » (travaux d’assainissement) à Kinshasa. D’autres encore ne demandaient que du boulot à Goma, mais ils ont été embarqués de force dans les jeeps de la police. Adhérer aux mouvements citoyens révolutionnaires comme la Lucha ou Filimbi peut vous coûter la vie en RDC.

A l’opposé, les jeunes des mouvements pro-régime en place tels que Kabila Désir, Génération Kabila ou Bolingo ya mboka na biso sont bien traités et bien encadrés lors de leurs manifestations. Ils sont là pour « défendre les acquis du gouvernement », disait un jour l’un de leurs membres. Des fils à papa ! Pourquoi ce deux poids, deux mesures ?

3- Ne jamais dire ce que vous pensez être la vérité

« Léguons à nos enfants un pays où l’Etat existe vraiment », insistait le pasteur Ekofo de l’Eglise protestante. « Il est temps que les médiocres dégagent », lançait le cardinal Laurent Monsengwo. Jouir de sa liberté d’expression en osant dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, a coûté l’exil au pasteur Ekofo et des menaces au cardinal Monsengwo. Tout dépend aussi de ce que vous dites et contre qui vous le dites. Pourtant, la liberté d’expression est bien garantie pour tous par la Constitution et la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

4- Surtout ne pas être connecté à Internet lors d’une manifestation

Bon, c’est vrai qu’il n’y a personne qui a été arrêté pour avoir été connecté à Internet lors d’une manifestation, hein ! Mais, c’est peut-être parce que personne n’est connecté lors des manifestations. L’Internet est coupé généralement à chaque manifestation anti-Kabila. Lorsque le gouvernement prend la mesure de couper l’Internet sur toute l’étendue du territoire national, tous les Congolais deviennent alors de potentiels cybercriminels au point de ne pas avoir droit à l’Internet. Se connecter à Internet serait-il devenu un crime au Congo ?  

Nous avons vu ce qui potentiellement conduire à votre arrestation. Pourtant, participer à une manifestation pacifique de l’opposition ou des catholiques, adhérer à un mouvement citoyen de son choix (Lucha ou autres), exercer sa liberté d’expression et être connecté à Internet, ce ne sont pas des crimes !  Ce sont nos droits fondamentaux !

 


Vous pouvez lire aussi : [Chronique CPJ] Couverture des manifestations : comment s’y prendre ?

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