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Binja Yalala Happy : personne ne m’a poussée à manifester

La militante âgée de 15 ans membre du mouvement citoyen LUCHA/C’en est trop s’exprime ouvertement pour la première fois depuis son interpellation à la prison de Bugarula en territoire d’Idjwi dans la province du Sud-Kivu pour avoir participé à des manifestations populaires exigeant les élections en République Démocratique du Congo. Elle dit n’avoir été manipulée par personne et justifie son choix pour le militantisme. HabariRDC l’a rencontrée.

Nous sommes à Kashara dans la chefferie Ntambuka, dans la partie sud du territoire d’Idjwi. C’est ici que vit la nouvellement célèbre Binja Yalala Happy. Cette fillette âgée de 15 ans dont la photo est devenue virale depuis les manifestations du 15 novembre dernier à Idjwi. Dans une vieille maison  en briques et en  argile, elle vit avec ses parents et ses frères et sœurs cadets. Elle est la troisième d’une fratrie de sept enfants.

Celle dont l’existence était presque ignorée du monde quelques heures avant  sa détention dans un cachot de la police à la suite des manifestations populaires, est devenue l’une des militantes les plus connues du pays. Tout comme elle, on ignorait également le degré d’activisme dans cette île presqu’enclavée par les eaux du lac Kivu.  

Manipulation ou conviction ?

La popularité de Binja Yalala n’est toutefois pas unanimement positive. En effet, bien que beaucoup trouvent en elle une héroïne, une illustration de la répression comme outil du régime actuel pour se maintenir au pouvoir, certains avancent l’hypothèse d’une manipulation. Tout d’abord car la fille Binja Yalala est encore une enfant, est peut être inconsciente de son activisme. Avis qu’elle-même rejette catégoriquement. « Je suis entrée dans le mouvement ‘’C’est en trop’’ afin de combattre pour mon avenir. Nous vivons dans la misère. Le chômage, les enseignants sont impayés, les familles sont incapables de payer la prime pour la scolarité de leurs enfants, il n’y a pas de routes, d’électricité et les élections ne sont pas organisées pour changer les dirigeants », se plaint-elle.

Comme cela se voyait sur la très répendue photo prise lors de son interpellation, Binja Yalala Happy n’avait pas été traitée de manière tendre par les éléments de la police. Elle dit avoir été ligotée moyennant des lacets de souliers.  Elle garde même une cicatrice une dizaine de jours apres. « Les policiers m’ont brutalement tabassée. Je garde d’ailleurs une blessure. Regardez sur mon épaule. Ils m’ont ligotée avant de me jeter dans leur camionnette et c’est là que j’ai connu cette blessure à l’épaule », se souvient elle révoltée. Elle affirme que la brutalité des policiers ne lui fait pas pour autant peur. Détenue pendant plusieurs heures ce 15 novembre, elle se dit déterminée à poursuivre son activisme au sein de ce mouvement citoyen.

Une famille des militants

Elle est certes  la plus connue de sa famille mais pas la seule militante. « On a beaucoup de raisons de militer comme l’a dit ma fille Happy », explique Claude Yalala le géniteur de la célèbre Binja. En effet, son père est un membre très respecté de la Lucha/C’en est trop, l’unique mouvement citoyen du territoire. Ses deux aînés vivant à Goma dans la province voisine du Nord-Kivu sont aussi membres de la Lucha. Cela fait quatre militants dans une jeune famille de huit personnes.

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Les commentaires récents (4)

  1. Yalala, je n’oublie pas

    Tu t’appelles Yalala,
    Adolescente de la belle île congolaise d’Idjwi.
    Ce matin, tu t’es levé le ventre vide
    mais le coeur déterminé.
    Ton sort doit changer, t’es-tu dit.
    Tu t’es mêlée à la foule demanderesse de droits et de libertés.
    Libertés pour ton peuple meurtri et dont les blessures saignent
    depuis maintenant vingt ans.

    Le sang de ton peuple qui scelle les alliances les plus sordides,
    Tu n’en peux plus de le voir couler.
    Il paraît qu’il sert de breuvage aux amis du Président,
    Il paraît qu’il excite la soif des multinationales,
    Il paraît que ce sang aveugle même les démocraties les plus respectées.
    Non, toi Yalala tu n’es ni aveugle, ni sourde à la souffrance de ton peuple.
    Du haut de tes quinze ans, de ton île, tu as dit: « Stop à la dictature aujourd’hui!»
    Ton regard serein tourné vers la liberté.
    Mieux que Madame l’Ambassadrice, tu ne veux pas attendre,
    parce que tu ne peux plus attendre.
    2018? Mais pourquoi si loin?
    Qui mieux que toi peut s’arroger le droit de fixer le moment de ta révolte.
    Toi qui, à longueur des journées, ne bois que la misère, le viol et le déni d’humanité?

    Yalala signifie aujourd’hui « Assez! »
    Yalala, digne fille du Congo,
    De l’Helvétie où l’exil m’a jeté,
    Je suis fière de toi.
    Libres, dans ta belle île, nous viendrons en pèlerinage
    pour te serrer dans nos bras.
    Ô liberté!
    Tu es dès maintenant le symbole de notre liberté.
    Désormais, tu es notre cri de ralliement,
    le cri d’un peuple orphelin,
    sacrifié sur l’autel de grands charognards de ce monde.
    Brise les chaînes de la tyrannie autour de tes frêles poignées,
    Casse les entraves de l’oppression et crie:
    « Je suis chez-moi, sur la terre de mes aïeux ».

    Yalala! C’est notre cri de liberté!
    Yalala! C’est notre cri d’indignation!
    Yalala! C’est notre cri de résurrection!
    Yalala! C’est notre cri de dignité!
    Yalala! Debout, Congolais!
    Yalala, je n’oublie pas.

    Eliezair ushindi : Yalala le réveil de la conscience d’une jeunesse inactive

  2. Du courage Happy, ma petite sœur ! Je retiens mes larmes en lisant cette histoire macabre car je suis au bureau dans un pool! Tenez bon car la victoire est proche.

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