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Pourquoi dans son discours, Kabila s’est-il comparé à Mobutu ?

A Joseph Kabila la « passion pour le Congo », à Joseph Mobutu l’« émotion ». L’allégorie est forte, tant les contextes jouent en faveur du rapprochement entre les régimes de deux présidents de la RDC. Mais on se demande bien pourquoi, diable, l’actuel chef de l’Etat a tenu à se mesurer à celui que son régime a jusqu’ici présenté comme un pire dirigeant.

De Mobutu à Kabila, la tentation de comparer est parfois irrésistible pour de nombreux politiques, mais aussi les médias et les acteurs de la société civile. On se rappelle sans doute le titre on ne peut plus polémique de l’hebdomadaire Jeune Afrique en 2011 : « Kabila = Mobutu light ». C’est-à-dire, un dictateur (Mobutu) en version améliorée, ainsi voyait le média à l’approche des élections. On y est également en 2018 : une année électorale ! C’est le temps de bilan pour tous.

Et Kabila évalue sa démocratie

On a vu le président Kabila, se plaire de sa démocratie et en parler « sans complexe ». Et il peut bien trouver des gens à accuser : « Ceux qui ont assassiné la démocratie » au Congo. Il le redit une fois, « ceux-là n’ont pas de leçon à donner sur la démocratie au Congo et en Afrique ». En ligne de mire, il a particulièrement la Belgique avec laquelle les relations sont tendues depuis la fin de son dernier mandat.

Dans un ultime discours sur l’état de la nation, Joseph Kabila a pourtant pris le risque de se comparer au dictateur Mobutu. Le 24 avril 1990, lors d’un discours très attendu, le « maréchal du Zaïre » pleura, très ému, pour dire qu’il lui était difficile d’admettre le pluralisme politique dans le pays. Aujourd’hui 28 ans après, Kabila a sans doute refusé de pleurer ni de dire « comprenez mon émotion ». A la place, il a préféré rêver plus fort en disant : « Comprenez ma passion pour le Congo ! » A-t-il lancé ces mots en néo-Mobutu ?

Kabila ou Mobutu ?

Le mal est fait, Kabila vient de se comparer lui-même à Mobutu. Avant lui, plusieurs ont osé le comparer ainsi, s’attirant la foudre de Kinshasa. C’est le cas du rédacteur en chef de Jeune Afrique en 2011, François Soudan. Peut-être que cette comparaison vaut la peine aujourd’hui. Et je ne m’arrêterai que sur la mise en œuvre de la démocratie. Dans un discours, au début de l’année 2018, après des violences nées de l’absence d’élections et d’alternance en RDC, après également l’expiration de son dernier mandat constitutionnel, Joseph Kabila a lancé une formule qui se clarifie aujourd’hui. A un moment, disait-il, « il faut choisir entre développement [qu’il promet] et la démocratie » que lui réclament les Congolais et l’Occident.

En juillet, c’est encore lui qui lance que la démocratie a été assassinée au Congo. Sans doute, par ceux qui ont assassiné Lumumba, précisait-il dans un autre discours. C’est donc clair, pour Joseph Kabila : la démocratie ne le préoccupe pas vraiment. Elle est d’ailleurs morte, assassinée… Ses proches ont beau l’appeler « le père de la démocratie congolaise ». Kabila lui-même a beau se plaire du niveau de démocratie qui « le classe devant ses voisins » de la sous-région : cette démocratie n’existe plus.

 


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