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Discours de Kabila : parler pour ne rien dire

Policiers déployés dans les grandes artères de Kinshasa, circulation d’automobiles réduite au centre-ville… Ce jeudi, je voyais les gens se précipiter vers leurs salons ou dans les bars et les terrasses devant des téléviseurs ou des radios pour suivre le discours du président sur l’état de la nation devant les deux chambres du Parlement. Malheureusement, comme d’habitude, le président  a tout dit mais rien de nouveau ! Il a parlé pour ne rien dire.

Ne nous voilons pas la face, tout le monde s’attendait à une phrase du genre : « Je ne vais pas me représenter aux prochaines élections par respect de la Constitution. » Ou à l’inverse : « Je serai candidat aux élections de décembre. » Mais rien de tout ça. Dans un commentaire sur Facebook, un internaute l’a même signifié en ces termes : « Ça sera soit du « woooh ! »  soit du « wyyyyyyh ! » » Pour faire référence à un but marqué ou raté en football.

Un discours raté

En tout cas, à mon avis, c’était un grand « aaaaah » ! Un discours raté et rien qu’un discours de plus. Kabila a encore loupé l’occasion ultime de montrer à la face du monde ses valeurs démocratiques tant défendues par les siens. Dès son entrée, il a montré ses couleurs, et je ne suis pas le seul à le penser. Voici ce qu’en pense Rodriguez Katsuva, blogueur de Habari RDC à Goma : « En commençant son discours par une anecdote telle que « moi je ne dirais pas comprenez mon émotion » mais je vous dis « comprenez ma passion pour la RDC », Kabila vient donc de se comparer à Mobutu»

Le raïs est-il lui-même conscient qu’il est dictateur ? Pas besoin d’être un génie pour comprendre que le chef de l’État est conscient que la population ne le porte plus dans son cœur, pourtant il n’est pas prêt à abdiquer ! « Après un tel discours, je peux parier que le président Kabila va encore rester longtemps au pouvoir ! Et même s’il avait dit clairement, « Je quitte le pouvoir en décembre », je ne l’aurais tout de même pas cru. Mais il ne l’a même pas dit, ce qui me prouve qu’il ne va pas abandonner le fauteuil ! », estime Rodriguez Katsuva.

« Je respecterai la Constitution »

Si certains, comme moi, estiment que ce discours nous éloigne de plus en plus d’une passation de pouvoir démocratique, il y en a aussi qui gardent espoir. C’est le cas de Didier Makal, blogueur de Habari RDC à Lubumbashi. Il retient néanmoins que dans ce discours, « le président a pris un ton qui montre la fin, car il rappelle ses réalisations, son bilan depuis son arrivée au pouvoir en 2001. Son message, pour ceux qui voudraient rester encore optimistes, est on ne peut plus clair : il a pris l’engagement de respecter la Constitution de la RDC. »

Malheureusement, on se souviendra qu’avant la fin de son deuxième et dernier mandat constitutionnel en 2016, il tenait le même discours de respecter la Constitution. Lors d’un autre discours à la nation le 15 novembre 2016, il avait encore déclaré : « N’ayant jamais été violée, la Constitution sera toujours respectée. » Aujourd’hui, nous sommes en 2018… Et la Constitution, si elle n’a pas été respectée en 2016, qu’est-ce qui nous garantit qu’elle le sera en 2018 ?

De ce discours, je retiens que le président Kabila est encore capable de brandir de grandes statistiques avec de gros chiffres, de vanter ses réalisations et ses projets pharaoniques pour la RDC. Mais il est incapable de prononcer la phrase suivante : « Je ne vais pas me représenter aux élections de décembre. » A-t-il peur de la dislocation possible de sa famille politique ou cherche-t-il à protéger ses intérêts ? La pendule de la Céni tourne et elle nous en dira plus. Rendez-vous le 25 juillet 2018 date du début du dépôt des candidatures à la présidentielle.

 


Vous pouvez lire aussi : Lettre ouverte au président Kabila

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