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A Kinshasa, nous sommes tous des mbokatiers !

Réussir sa vie à Kinshasa n’est pas facile pour les Kinois. C’est encore pire pour ceux qui viennent de l’intérieur du pays, les mbokatiers comme on les appelle à Kinshasa ! Ils sont stigmatisés, mais ils sont souvent les premiers à réussir leur vie dans cette ville à multiples facettes.

Ce n’est pas facile de vivre comme un mbokatier. Que vous soyez de Goma, de Lubumbashi ou du Kasaï. Par exemple, Tatu, c’est l’appellation qu’on donne à tous les hommes d’origine luba à Kinshasa. L’un d’eux tient une petite boutique au coin de l’avenue dans mon quartier. Tout le monde sait qu’il vient du village, plutôt du Kasaï. Bref de l’intérieur ! Lorsqu’il parle lingala, son accent est plutôt dominé par celui de sa langue locale : le tshiluba. En coulisse, beaucoup le critiquent pour cela.

Cependant, son histoire est plutôt illustrative de ce que vivent les bawuta (ceux qui viennent de…), l’autre appellation des mbokatiers. Quoiqu’ils soient victimes des insultes, c’est pourtant eux qui réussissent souvent à Kinshasa. En peu de temps, l’homme s’est construit une petite entreprise commerciale.

Les jeunes rêveurs

Suite à une discussion avec un jeune du quartier, j’écoute ce dernier lui lâcher sans honte : «Tatu mbokatier, mowuta… Oyebi koloba lingala yo !… bozela toko zongisa bino na mboka. » (Villageois, sais-tu parler lingala toi… On va vous chasser d’ici !) Stigmatisation, insultes et préjugés, c’est sous une pluie de comportements méprisants que vivent la plupart de gens qui viennent de l’intérieur du pays. Pour les Kinois, celui qui vient de l’intérieur du pays est un villageois, c’est un mbokatier, un mowuta. Heureusement, c’est ce genre de personnes méprisées qui prospèrent dans la capitale.

Par exemple, quelques mois à peine après son installation, Tatu dispose maintenant d’une moto-taxi conduite par son petit frère, venu lui aussi du Kasaï. Il est également propriétaire d’une boutique plus grande que celle d’il y a un an, lorsqu’il s’était installé. Pendant ce temps, le jeune Kinois insulteur continue à tourner en rond dans le quartier, mendiant même du chimboki (cigarette) ou de l’aguene (liqueur forte). Cette mendicité est une forme déplacée de ce qu’on appelle la kinoiserie (l’esprit orgueilleux kinois) !

Si les mbokatiers réussissent à Kinshasa, c’est parce qu’ils y viennent avec la détermination de réussir. Ils commencent souvent chailleurs (vendeurs ambulants), receveurs de bus ou encore kasongo (pousse-pousseur), mais ils finissent souvent patrons.

La kinoiserie ou le mal du Kinois

Kinoiserie est l’inverse de mbokatier. Si les mbokatiers se font insulter pour leurs origines, les Kinois aussi subissent des insultes, non pas à cause de leurs origines, mais plutôt pour leurs mauvais comportements, la kinoiserie. Un mot péjoratif que je n’approuve pas du tout mais qui nous colle souvent à la peau. « Tu n’es pas comme un Kinois toi Lemien »,  me rappelle-t-on à chacun de mes déplacements…

C’est quoi alors être Kinois ? Plutôt c’est quoi la kinoiserie ? Ce mot n’a pas de définition simple, je me forcerais quand-même de le définir. Il s’agit d’un ensemble de comportements, souvent péjoratifs, se rapportant à un Kinois. La sape et les coiffures extravagantes, les discussions à longueur de journée sur les fortunes des stars, le matolo, l’ambiance ou débauche invétérée et le fait de rester sous le toit parental même au-delà de 40 ans… Beaucoup de choses peuvent expliquer la kinoiserie. J’en ai déjà parlé dans un autre blog intitulé, Toujours bien sapés malgré la crise.  

Alors, arrivé à Kinshasa on a toujours le choix entre mener la vie d’un mbokatier et faire des kinoiseries… Dans tous les cas, la réussite n’est jamais assurée d’avance. Il faut bosser dur pour réussir. Cependant, le choix est clair, suivez cette chanson du musicien Mabele Elisi pour comprendre qu’on est tous, quelque part, venu du village. Nous sommes tous des mbokatiers !

 


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Les commentaires récents (3)

  1. Les kinois vivent dans une distraction totale, j’accepte qu’on m’appelle mbokatier que kinois , car pour moi m’appeller kinois c’est une injure

  2. C’est à cause de ces genres des comportement que nous perdons la fièrté d’etre appélé kinois. Le pire à craindre serait que ce virus kinois se repende dans toutes les provinces. Déja à Matadi ou je me trouve actuellement il y a symptomes très inquiétants de cette folie kinoise

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