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Prostitution dans la Monusco : « Les casques bleus sud-africains sont les meilleurs clients »

La base du contingent sud-africain de la Monusco à Mubambiro au Nord-Kivu attire des prostituées venant de plusieurs coins de la région du Kivu. Certaines d’entre elles parcourent de longues distances pour venir s’installer non loin de cette base. Grâce aux casques bleus sud-africains, les prostituées touchent de grosses sommes d’argent, que localement elles appellent « Franka ya Munyama », (argent de la bête) en référence aux écritures bibliques pour exprimer la facilité avec laquelle elles le gagnent.

Certaines prostituées le sont devenues par les contraintes de la vie, mais ce qu’elles pensaient être une solution amère, se révèle être la meilleure affaire de leur vie. Plus question d’arrêter. Bienvenue à Mumbabiro, cette cité située à 20 kilomètres de Goma. Ici la vie tourne autour de la prostitution avec les casques bleus, mais c’est connu, face au sexe les Sud-africains sont les plus généreux ! Ici cohabitent des Congolais et des troupes de la Monusco de nationalité sud-africaine, tanzanienne, uruguayenne et indienne. A part les populations autochtones de cette agglomération, une autre grande partie de la population congolaise vient d’autres coins de la région du Kivu. Cette population est composée en grande partie de prostituées.

Elles viennent offrir leurs services principalement aux troupes du contingent sud-africain. Ce n’est pas par hasard que ces derniers sont devenus leur cible privilégiée. Ils se distinguent par leur magnanimité. Ils payent cher et ne marchandent pas le prix du sexe ! Même si la cité abrite des bases d’autres contingents de la Monusco, les Sud-africains sont ceux qui donnent l’impression d’être les plus proches de la population locale et particulièrement des prostituées. Si proches que beaucoup d’entre eux ont même fait des enfants avec elles. « Je ne pourrai pas coucher avec un Congolais ou un Tanzanien tant que les Sud-africains sont encore là », confie Régine, une prostituée propriétaire d’un débit de boissons à Mubambiro. « Je n’avais jamais touché un billet de 100$ de toute ma vie. J’allais devenir folle quand j’ai vu un Sud-africain me donner 100$ après une nuit ensemble », affirme Regine.

100 dollars la semaine et une méga somme d’au revoir

Je rencontre Francine, une autre prostituée mère de deux enfants issus des relations avec deux Sud-africains différents. Après un moment de méfiance, elle décide enfin de s’ouvrir à moi et explique que grâce à l’argent qu’elle gagne des Sud-africains, elle prend en charge ses deux enfants et quelques membres de sa famille restés à Beni. Elle gagne environ 100$ par semaine et a beaucoup d’autres avantages, tels que des dons de nourriture. Tout comme Régine, Francine a eu l’idée d’ouvrir un petit bistrot dont la majorité des clients sont des casques bleus sud-africains.

Francine est originaire de Beni. Elle n’est pas venue directement s’installer à Mubambiro. Elle est passée par plusieurs autres milieux suivant chaque changement de base de ses partenaires sud-africains. Elle témoigne : « On a été ensemble pour la première fois à Mavivi (Beni), quand ils ont été mutés à Kanyaruchinya (nord de la ville de Goma), je les ai suivis. Maintenant je suis avec eux à Mubambiro. » C’est la vraie définition de « ton pied mon pied, où tu vas je te suis ». Francine n’est pas la seule à venir de très loin pour venir profiter de l’argent des casques bleus de la Monusco. D’autres viennent de Walikale, de Masisi, de Bukavu au Sud-Kivu ou même de Kindu dans le Maniema. Pour la plupart issues des familles démunies, elles affirment ne pas avoir d’autres solutions.

Abusée, mais je ne dirai rien !

J’ai posé une question à Régine, à Francine et à plusieurs autres prostituées : avez-vous jamais été même une seule fois victime d’abus ou d’agression sexuelle ? Ou alors victime d’un traitement agressif de la part de ces casques bleus ? Et curieusement, toutes répondaient par un non catégorique et passaient directement à un autre sujet ! J’ai vite compris que cela cachait quelque chose. La méfiance qu’elles affichaient m’a fait penser que quelque chose de louche était derrière ! Et j’avais raison, car après un moment, l’une d’elles m’a soufflé qu’elles taisent parfois certains mauvais traitements de leurs partenaires du contingent sud-africain pour préserver de nombreux avantages. Elle m’a cité le cas d’une de ses amies prostituées, devenue malheureuse aujourd’hui. Celle-ci avait osé se plaindre, ce qui avait conduit au refoulement du casque bleu. « Je t’assure que cette femme-là continue à regretter le départ de ce casque bleu jusqu’à présent. Elle n’aura peut-être plus d’autres ‘’mari’’ comme lui », déclare la prostituée Régine.

 


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Les commentaires récents (1)

  1. L’argent nous donne parfois des attitudes de consentement. Cn’est triste mais également révélateur de ce métier (dégradant peut-être) qui en fait vivre plusieurs…

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