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Ma première semaine de 2019 sans Internet à Kinshasa

Les habitants de Kinshasa, pourtant très imaginatifs non pas encore trouvé de nom à cette énième coupure d’internet en RDC. Comment les gens ont-ils occupé leur temps pendant ce black-out ? Quels sont les métiers qui en ont le plus souffert ? J’ai fait ma petite enquête.

Le credo de promotion de la plupart des plateformes sociales en ligne est celui de rapprocher les gens. La réalité pourtant est inverse et plutôt les avoir éloignés. Ce black-out l’aura prouvé pour certains Kinois.

Ne pouvant plus consulter ses statuts, ni envoyer d’audios comme à l’accoutumé, Fanny, employée d’une banque, a repris « goût à appeler ses proches de vive voix » selon elle pour leur souhaiter une bonne année. Elle n’avait pas parlé à nombre d’entre eux depuis des mois confie-t-elle. La dépendance aux réseaux sociaux qui la rendait constamment occupée a disparu, le temps du Black-out.

Des congés techniques et pertes financières

C’est le cas de Blaise qui gère les comptes sociaux d’une société de divertissement. À son poste de travail lundi, l’absence de la connexion a préjudicié ses tâches. Certaines sociétés ont même enjoint leurs employés à rester chez eux, le temps que la connexion soit rétablie. Des congés dont personne n’auraient voulu en ce début d’année, encore moins si cela est synonyme de ne pas percevoir de rémunération.

Grace est quant à lui employé indépendant pour une société américaine pour laquelle il travaille en ligne. La connexion est donc pour lui plus que vitale. Il fait le tour des opérateurs pour négocier et avoir une connexion privée, quitte à en payer le prix. Désespéré, il a dû rejoindre de nombreuses autres personnes comme lui qui ont pris des chambres dans deux hôtels cinq étoiles de la capitale, car on les a rassurés de la disponibilité d’une ligne dédiée par satellite pour 180$ par nuitée. Peu peuvent faire comme lui et donc se procurent des puces des réseaux du Congo voisin et payent des forfaits entre cinq et dix dollars américains pour 350 mégabytes ou 1 giga de données mobiles.

Un autre bon côté du blackout : apprécier les choses de la vie réelle

Mon téléphone est resté opérationnel pendant 5 jours avant de se décharger alors qu’en temps normal, il ne tient pas plus de 24 heures, une découverte pour moi. 

Mais aussi je me suis rappelé qu’il y’avait une télévision dans mon salon, même si les chaînes n’offrent pas toujours les meilleurs programmes. Ça fait du bien de rejouer au scrabble ou à des jeux de cartes. J’ai pu aussi me concentrer sur des séries télévisées que je dévorais en un jour ou deux et aux jeux vidéo.

Même si cette coupure a des bénéfices individuels, je me demande jusqu’à quand le gouvernement continuera-t-il à mettre l’économie nationale en péril par des punitions collectives ? Quand j’imagine que cette expérience a été partagée par au moins 5 millions de Congolais juste parce que quelques-uns partageaient des résultats des élections. Qu’est-ce que moi, dans mon coin, j’ai à voir avec quelqu’un qui est payé pour diffuser des fakenews sur Internet et ceux qui les diffusent par ignorance ? 

Après la coupure, la Police et le Parquet doivent expliquer à l’opinion publique si une enquête a été ouverte sur les auteurs de ces infractions répétées. Qui sont-ils ces diffuseurs des messages qui mettent en péril la sûreté de la nation et pourquoi on ne nous les a jamais présentés à la télévision depuis 2015 ? Les prochains ministres des PT-NTIC, de la Justice et de l’intérieur devraient en répondre devant la future Assemblée nationale.

 

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