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Les quatre forces qui ont vaincu Kabila

En réalité, Kabila et ses proches ne voulaient pas partir, après 18 ans passés à la tête du Congo. L’ancien président a passé près de la moitié de ses deux mandats à essayer de juguler des contestations dirigées contre son régime. À 47 ans, il a finalement quitté le fauteuil présidentiel. Cela ne peut être le fait du hasard. Ebranlé jusque dans son propre camp, Kabila ne pouvait tenir longtemps face à quatre forces qui ont œuvré contre lui.

De la fin de la présidence de Kabila, on énoncera un principe clé avec le dessinateur Damien Glez : « Qui vainc par la plate-forme périra par la plate-forme. » S’imposer par des alliances aura été la plus grande force d’un président arrivé à la tête d’un pays de 2,3 millions de kilomètres carrés au bord de l’implosion en 2001. Laurent-Désiré Kabila venait d’être assassiné, mais son successeur le général-major Joseph Kabila coalise avec de nombreux groupes armés et calme tant soit peu la situation.

Au même moment, ces mêmes alliances ont aussi été la faiblesse presque congénitale de Kabila. Beaucoup trop d’alliances qui se sont rapidement rompues et qui le conduiront à des échecs.

Lucha et Filimbi contre un troisième mandat

La première de ces alliances, c’était avec une bonne partie des 80 millions de Congolais qui ont résisté, avec Kabila, contre l’éclatement du pays. Restés pour 64% d’entre eux dans une frappante pauvreté, beaucoup lui ont progressivement retiré cette confiance grâce à laquelle il s’était fait élire chef de l’Etat en 2006.

La surprise c’est que le « raïs » semble ne l’avoir réalisé qu’en 2015 lorsqu’il essaie un passage en force vers un troisième mandat interdit par la Constitution. Les premiers qui le lui disent en face sont des jeunes, réunis dans des mouvements « citoyens » pro-démocratie. Entre autres la Lutte pour le changement (Lucha) et Filimbi qui veut dire « sifflet ». Ils protestent contre l’éventualité d’un troisième mandat et demandent à Kabila de déclarer qu’il ne se représentera pas pour la troisième fois. Plus tard, ils le lui diront de manière crue : « Dégage ! »

C’est le début d’une grande mobilisation qui entraînera des milliers de violations des droits humains, mais aussi des centaines de morts. Dans cette vague de contestation qui monte, on compte aussi des ONG de défense des droits de l’homme et l’Eglise catholique. Sans compter la diaspora congolaise, la mobilisation sur les réseaux sociaux et les pressions internationales.

Katumbi, Bemba, Thsisekedi… versus Kabila

Joseph Kabila qui commence son second quinquennat en 2012 après le scrutin présidentiel de novembre 2011. Etienne Tshisekedi, l’opposant historique qui s’est présenté contre lui, revendique la victoire jusqu’à sa mort. Trois dialogues successifs ne lui apporteront ni cohésion nationale, ni apaisement du climat politique.

En 2015, sept proches du président quittent la coalition, avec leurs partis. Ce qui portera un coup à la majorité au pouvoir. Les frondeurs forment une nouvelle coalition dénommée le G7 et soutiennent l’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi qui a le vent en poupe, et déclare sa candidature à la présidentielle que d’aucuns n’imaginent plus possible en 2016.

Vital Kamerhe, Eve Bazaiba qui tient le parti de Jean-Pierre Bemba alors en prison à la CPI, mais aussi Félix Tshisekedi qui succède à son père à l’UDPS, se liguent pour « faire partir » celui qui garde le silence face aux appels pour un troisième mandat.

La majorité présidentielle contre son président

L’élément surprenant dans cette fin de mandat de l’ancien président, Joseph Kabila décide de se choisir un dauphin, preuve qu’il va quitter le pouvoir. Mais au sein de sa majorité, les querelles internes sont nombreuses, car le long silence de Kabila a étouffé des ambitions.

Lorsque le nom du dauphin est connu, Emmanuel Shadary, surprise et déceptions se mêlent. Certains caciques du régime refusent quasiment de battre campagne en sa faveur. En plus, Shadary a la lourde responsabilité de porter le bilan des années Kabila que très peu se montrent prêts à endosser. D’autant plus qu’en face dans leurs discours, des opposants insistent sur l’alternance.

La somme de toutes ces actions a sans doute affaibli le président Kabila. Félix Tshisekedi a pris ses fonctions comme le nouveau chef de l’Etat. Mais le fait qu’il manque de majorité parlementaire semble donner à Joseph Kabila un second souffle. Dossier à suivre.

 

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Les commentaires récents (4)

  1. La dernière interview de #KABILA dans Jeune Afrique apporte des éclairages quant à certains éléments ici soulevés..

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