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Pourquoi les officiers sont-ils mieux protégés que les Congolais ?

Des dizaines de gardes du corps pour un seul gradé et une poignée pour tout un village : c’est ainsi qu’est conçu le système sécuritaire en RDC. Une « privatisation » des forces de sécurité qui fait peser un danger sur des populations locales démunies, et augmente les risques de défection de la part de ces officiers, à la tête de groupes armés parfois plus fidèles à leur chef qu’à leur pays.

Dans l’est de la RDC en particulier, et dans tout le pays en général, certaines autorités politico-militaires sont surarmées. Un officier supérieur de l’armée ou de la police peut s’offrir à lui seul plus de dix éléments pour assurer sa garde personnelle. Pour les gouverneurs de province, c’est même entre trente et cinquante gardes du corps ! C’est scandaleux, quand dans certains de nos villages il n’y a que deux ou trois policiers pour protéger de centaines voire des milliers de Congolais. Comme si la seule vie des autorités valait plus que celle des citoyens lambda !

« Mes gardes, mes éléments », un danger !

Sous d’autres cieux, une autorité a un ou deux gardes du corps, en tout cas rarement plus de cinq. Mais en RDC, cela n’est pas le cas.  C’est comme si le fait de ne pas en avoir une dizaine ou une vingtaine signifie que l’on n’est pas vraiment une autorité. Et ces gardes ne sont pas attribués ni commis, non ! L’autorité les choisit elle-même, et c’est souvent des personnes de son ethnie ou de sa tribu !

Le comble c’est que certains officiers les appellent « mes éléments », comme si les policiers ou les militaires appartenaient à des individus et non à la nation.  Et c’est de là que vient le fait que quand un officier fait défection, il a déjà facilement plusieurs dizaines d’éléments, avec qui il part et qui sont sous ses ordres ! Voilà comment naissent les groupes armés chez-nous. Un officier a cette foule de gardes du corps bien armés, parfois mieux armés que le reste des agents de l’ordre, alors que certains villages de Rutshuru ou du Masisi ne sont pourvus que de deux policiers qui se partagent une seule arme !  Comment peuvent-ils protéger tout un village avec une arme ?

Pourquoi ne pas réglementer la garde des autorités ?

Selon un commissaire de la police, il y a deux unités qui ont de gros avantages, celle du bataillon de garde et la police de circulation routière. Tous les policiers veulent être intégrés dans ces deux unités car l’argent y circule, au détriment d’autres unités comme le groupe mobile d’intervention, dont les effectifs parfois minimes ont du mal à contenir les manifestants ou à sécuriser certains milieux. Pour lui, le gouvernement devrait penser à intensifier le recrutement au sein des forces de l’ordre. Moi je pense que cela ne serait qu’une partie de la solution. Je pense qu’une stricte réglementation devrait être mise en place sur la répartition des policiers et militaires de garde. D’ailleurs, quelle image nous envoie ces officiers ? Si eux doivent avoir besoin de dizaines d’éléments pour leur protection, que devrions-nous conclure ? Que la sécurité du pays est si mauvaise que ça ? Ou alors que eux sont plus importants que nos frères et sœurs dans les villages ? En tout cas, il faut changer cette situation.

 


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