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La censure en attendant le gouffre

La stratégie de la censure n’est pas nouvelle. Pourtant, au fil des ans, museler les réseaux sociaux est de moins en moins une bonne idée. La coupure d’Internet est une paire de ciseaux à double tranchant…

« Ce qui ne se voit pas n’existe pas » : ce credo de la pensée magique semble adopté par le régime congolais qui ne tarde jamais à suspendre toute possibilité de communication numérique. Cette semaine, comme lors des manifestations de janvier 2015, les autorités de République démocratique du Congo ont demandé aux opérateurs de télécommunication de couper l’accès à l’Internet, à la veille de marches contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila. La coupure a été effectivement constatée dans la nuit de samedi à dimanche, autour de minuit, à Kinshasa mais aussi à Lubumbashi, à Kananga ou à Kisangani. Le blocage des courriels, posts et SMS a été prolongé les jours qui ont suivi.

La vocation de cette mesure est simple : anesthésier, avant, les ressorts de la mobilisation populaire et paralyser, après, la circulation d’informations sensibles comme l’annonce de plusieurs décès liés à la répression par les forces de sécurité, voire le partage d’images de tués et de blessés. Mais ce musellement n’est-il pas dérisoire ?

L’illusion de la censure

La pensée magique qui se manifeste essentiellement au cours de l’enfance est considérée comme un symptôme d’immaturité chez les adultes. Car rien ne sert de retenir un liquide dans une boîte en buvard. Primo, les geeks de RDC savent largement contourner la censure grossière, comme à l’est du pays où l’on surfait via des opérateurs du Rwanda voisin. Secundo, il est illusoire de chercher à contrôler les circuits de communication de structures aussi internationales que les Nations unies ou l’Eglise catholique. L’information que le twittos lambda ne pourra pas poster sera d’autant plus relayée par les chancelleries que la volonté de faire taire sera patente et que la répression aura été meurtrière. Le Vatican assure d’ailleurs avoir recensé, ce dimanche, des tirs à balles réelles dans six villes de RDC.

Lorsque le buzz ne peut se nourrir d’Internet au niveau local, il ne s’éteint pas pour autant, à moins qu’un régime ne soit capable de couper les réseaux sur toute la surface de la planète. Les autorités de RDC devraient comprendre que dans le concept des trois singes de la sagesse, ce sont les primates qui se couvrent eux-mêmes les yeux, la bouche et les oreilles. Pas la censure…

 


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