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Petit dictionnaire politique de la crise congolaise actuelle

Ce numéro du dictionnaire politique congolais s’adresse aux étrangers qui viennent en RDC et qui ne connaissent pas la terminologie politique du pays. Nos hommes politiques, s’ils ne créent pas de nouvelles expressions, ils dénaturent à leur compte celles qui existent. Voici cinq expressions auxquelles vous ferez mieux de vous habituer lorsque vous venez en RDC.

Pour des raisons sécuritaires

Cette expression fait allusion à la raison d’État. Cela signifie que l’État s’autorise à commettre certaines infractions dans l’intérêt du régime. Par exemple, Internet et les réseaux sociaux peuvent être coupés pendant plusieurs jours sur toute l’étendue du pays pour des raisons sécuritaires. Le signal de RFI et de Radio Okapi peut être coupé ou brouillé pour des raisons sécuritaires. Vous devez donc être patients car l’État prendra tout le temps qu’il faut avant de rétablir la connexion.

Les deux marches pacifiques sont interdites

C’est le néologisme usité en RDC depuis quelques mois. Seules les autorités peuvent dire : « Les deux marches pacifiques sont interdites. » Cette expression signifie que l’opposition annonce une marche pacifique et le pouvoir annonce la sienne le même jour, à la même heure et sur le même itinéraire. Ensuite, la mairie saisit l’occasion pour annuler les deux manifestations en évoquant le risque d’affrontements entre les manifestants des deux parties et l’impossibilité de les encadrer. Bref, on annule pour des raisons sécuritaires. C’est ce qui est arrivé dimanche 21 janvier, jour où le Rassemblement aile Bruno Tshibala a voulu organiser sa marche en même temps que celle déjà annoncée par les laïcs catholiques. Les deux marches ont été interdites par le vice-gouverneur de Kinshasa. Malgré l’interdiction, les catholiques ont maintenu la leur et la police a tout simplement réprimé les manifestants.

Conformément à la Constitution

En RDC, quand on dit « respect de la Constitution », cela veut dire violer la Constitution. Le président Kabila est là et continue à régner conformément à la Constitution, tant pis si son deuxième et dernier mandat constitutionnel est terminé depuis 2016. Il glisse conformément à la Constitution. D’ailleurs, le régime n’a jamais accepté d’avoir violé la Constitution, encore moins l’accord de la Saint-Sylvestre. Qu’on le veuille ou non, Bruno Tshibala est Premier ministre conformément à l’accord de la Saint-Sylvestre. Joseph Olenghankoy est président du CNSA conformément à l’accord de la Saint-Sylvestre… Seulement, le gouvernement ne nous dit pas si Moïse Katumbi est en exil conformément à l’accord de la Saint-Sylvestre. Que dire de notre police ? Elle réprime conformément à la Constitution. Lambert Mende n’a-t-il pas vanté le comportement « professionnel et républicain » de la police lors de la marche catholique le 31 décembre 2017 ? Pourtant, la même police « professionnelle et républicaine » a tiré sur les manifestants et fait plusieurs morts. Ainsi faites gaffe : en RDC, quand on viole la Constitution, c’est alors qu’on la respecte.

Manifestants = voyous et « shegué » (enfants de rue)

Ces deux mots sont utilisés par le régime pour qualifier les manifestants de l’opposition. Même si vous êtes respectables et bien habillés, dès lors que vous descendez dans la rue pour revendiquer un droit, on vous taxera d’une bande de voyous, de « shegué » et de casseurs. « Bande de casseurs », c’est le terme que Lambert Mende a utilisé pour qualifier les morts de la marche des laïcs catholiques le 31 décembre 2017.

Grâce au chef de l’État

Cette expression ne s’utilise que quand il y a une victoire ou une réussite dans quelque domaine que ce soit. Toute réussite ne peut venir que du chef de l’État. Même si c’est vous seul qui en êtes l’artisan, mais c’est grâce au chef de l’État qui y a contribué d’une manière ou d’une autre. Attention : cette expression ne s’utilise jamais quand il y a un échec. On ne peut attribuer d’échec au chef de l’État. L’échec c’est vous-mêmes, la réussite c’est toujours grâce au chef de l’État.

Désormais, assurez-vous de bien utiliser ces expressions.

 


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