Crédit photo: Patrick Abega
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« Kabila dégage » : la plus dangereuse campagne de la Lucha

Du jamais vu dans les actions de la Lucha. Ce mouvement nous avait habitués à des  scènes de sit-in, marches pacifiques, tracts… Mais cette fois-ci, il semble avoir changé de méthode. Ce samedi matin au quartier Himbi à Goma, précisément sur les avenues Alindi et du Musée, la population s’est réveillée dans l’étonnement. Plusieurs clôtures étaient marquées des mots « Kabila dégage », « Kabila stop » ou encore « Kabila toka ».

La Lucha elle-même a bel et bien revendiqué ces actes. « Nous  ne faisons que partager sur  l’espace public ce que la population pense », à déclaré un membre de ce mouvement.

La stratégie utilisée est une première dans ce sens : elle implique même des non militants. Ce qui met ainsi des innocents en danger. Nul ne peut oublier que des cas d’arrestations arbitraires ont souvent eu lieu sur base de soupçons. L’action de la Lucha sur des portails des habitants de la ville risque de pousser les autorités à soupçonner des innocents. Chaque maison sera considérée comme soutenant la campagne « Kabila dégage ».

Changement de stratégie de Lucha ?

On sait tous que la plupart des actions menées par l’opposition appuyées par certains mouvements citoyens ne cessent d’échouer. La marche prévue le 19 décembre dernier et qui n’a pas eu lieu (aucun motif avancé par les organisateurs) est la preuve la plus récente de cet échec. Au cours de cette marche, l’opposition et tous ces mouvements voulaient réclamer une transition en 2018 sans Kabila. À défaut de le faire dans la rue, La Lucha aurait trouvé que faire des graffitis sur les portails des habitations de Goma est une bonne stratégie, car Himbi, quartier résidentiel, hébergerait une bonne partie de la classe politique de Goma.

Spécialisée dans les actions diurnes, la Lucha, mouvement citoyen le plus connu en RDC, passe aux actions nocturnes. Cette opération d’inscription « Kabila dégage » a été probablement faite dans la nuit du 22 au 23 décembre. Sans doute la peur des éléments de la police et la violence des citoyens qui souhaitent vivre loin de l’actuelle crise politique seraient la raison. Une façon de minimiser les cas d’arrestation que la Lucha enregistre à chacune de ses actions.

Cette stratégie marchera-t-elle ?

À mon avis, la réponse est non. Ce mouvement bénéficierait d’un soutien tacite de certains citoyens à cause de ses revendications souvent légitimes. Vouloir impliquer les paisibles habitants dans cette lutte contre le régime de Kabila à leur insu, s’avère plus dangereux pour ces compatriotes dont les clôtures et portails ont été peints avec des inscriptions « Kabila dégage » signées Lucha. Une marche pacifique suffit pour revendiquer le départ de Kabila. La nouvelle stratégie est plus violente que toutes les autres en raison des conséquences qui peuvent en découler. La Lucha est connue pour ses revendications pacifiques, mais l’action à laquelle on assiste aujourd’hui à Goma jette un discrédit sur ce mouvement au sein de la population. Espérons que cette pratique ne continue pas.

 


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