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Médiocre, zéro mort, coadjuteur… le nouveau lexique politique congolais

Ceci est un numéro de mars du petit dictionnaire de la politique congolaise. À chaque manifestation hostile à Kabila, de nouvelles expressions voient le jour en République démocratique du Congo. Pour ce mois de mars, je vous présente quatre expressions dans ce billet, et espère que l’Académie française et la Francophonie vont les intégrer dans l’usage du français. En réalité, ce sont des mots que vous connaissez déjà, sauf qu’en RDC, ils n’ont pas le sens que vous croyez.

Zéro mort

Cette expression s’utilise quand, au cours d’une marche pacifique, la police tire sur les manifestants et qu’il n’y a que très peu de morts. Car pour la police, on ne peut dire qu’il y a eu des morts que quand on en a compté 200 ou 150. Mais quand c’est seulement 5 ou 6 comme dans les dernières marches anti-Kabila, c’est peu et ça équivaut à « zéro mort ». En d’autres termes, 2 ou 3 morts de la répression du 25 février ne font que « zéro mort ». On aurait voulu en avoir plus pour que leur nombre compte. Les manifestants l’ont échappé belle.

Médiocre

Voici un mot que même le chef de l’État Joseph Kabila a prononcé lors de sa conférence de presse du 26 janvier 2018. Ce jour-là, avec humour, il a qualifié les journalistes de médiocres. Ce mot conserve le sens que tout le monde lui connaît en français. Seulement voilà, en République démocratique du Congo, « médiocre » est utilisé pour désigner les comportements indignes de nos dirigeants. Par exemple, quand un gouvernement ferme la Maison Schengen à Kinshasa, privant des milliers de Congolais de la possibilité d’avoir des visas européens, on dit que c’est un « gouvernement médiocre ». C’est le cardinal Monsengwo qui déclara un jour : « Que les médiocres dégagent ! » Récemment, lors des marches des chrétiens du 21 janvier, la police congolaise a été accusée d’utiliser des grenades lacrymogènes expirées et qui font très mal dans les yeux. Et certains citoyens s’écrièrent en disant : « Voilà des grenades médiocres comme leurs utilisateurs sont médiocres ! »

Coadjuteur

Cet adjectif a été rendu célèbre en RDC lorsque le Vatican a nommé Monseigneur Fridolin Ambongo comme évêque coadjuteur pour succéder le moment venu à l’archevêque de Kinshasa le cardinal Monsengwo. Problème : le mot est désormais utilisé en RDC pour désigner n’importe quel dauphin probable. Ainsi, lorsque Henri Mova Sakanyi a été nommé récemment ministre de l’Intérieur, une Congolaise s’est exclamée sur Twitter en ces mots : « Un Premier ministre [Bruno Tshibala, Ndlr] sorti d’on ne sait où ? Voilà qu’il a désormais un coadjuteur ! » Aujourd’hui beaucoup se demandent pourquoi Kabila ne se choisit pas aussi un coadjuteur.

Balles en caoutchouc

Seules la police, l’armée et les autorités congolaises ont le droit d’utiliser cette expression. Les citoyens lambda ne doivent jamais dire que la police a fait usage de « balles réelles », sauf s’il s’agit d’une balle de football. Celle-la est réelle. L’expression consacrée au Congo c’est « balles en caoutchouc ». Ainsi, selon la police, le militant pro-démocratie Rossy Mukendi a été tué par une « balle en caoutchouc » du reste perdue ! Le jeune homme tué dimanche à Mbandaka l’a été par une « balle en caoutchouc ». Donc en RDC, les balles en caoutchouc tuent de la même manière que les balles réelles. Je pense que désormais nos militaires peuvent aller au front avec des balles en caoutchouc.

Si vous n’avez pas bien compris ces expressions, revoyez un peu vos leçons de grammaire française.

 


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