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#PortraitRobot du policier congolais : un fantôme au service de la nation ?

Servir mon pays comme policière est un rêve que je nourris depuis l’enfance. Mais avec le temps, depuis que  je suis devenue témoin oculaire de différentes scènes désolantes auxquelles se livrent nos policiers au quotidien, le doute quant à embrasser ce noble métier, a pris le dessus sur ma passion d’enfance. Par ce billet, je vous présente l’image que renvoie le policier congolais dans la population. Son habillement, sa personnalité, son apparence … Contrairement à l’image qu’on avait du gendarme à l’époque du Zaïre, le policier est devenu tout sauf un modèle d’estime pour la société.

Ce qui distingue en premier le policier congolais c’est sa tenue. Souvent, sous son béret bleu gâté se cache peut-être une grosse blessure, résultat de son affrontement avec le Kuluna (bandit de rue). Parfois, il est difficile de distinguer policier et Kuluna, les deux se retrouvent  souvent dans les mêmes endroits pour fumer du cannabis. Sa tenue bleue usée est d’un violet pâle… Elle a une odeur de sueur permanente. Il lui faut deux jours pour la sécher. Il la sèche souvent sur son corps sous le soleil accablant puisqu’il n’a qu’une seule tenue. Sans oublier que cette tenue qu’il est censé recevoir gratuitement, il se retrouve à quémander de l’argent pour se l’acheter.

Un policier a récemment confié à un Habariste qu’il lui a fallu dépenser son salaire pour s’offrir une tenue neuve. Il a aussi ajouté que lors de la distribution des uniformes, les hauts gradés s’emparent des tenues destinées à leurs subalternes. Une réalité bien triste qui me rappelle d’ailleurs mon interview avec un policier au sujet des robots-roulage. Même ces robots sont un peu mieux vêtus que certains policiers congolais. Thérèse Kirongozi, constructrice des robots-roulage, nous confiait d’ailleurs lors de notre activité sur « les femmes qui osent » en 2017, que la construction d’un robot coûtait plus de 12 000 $ de dépenses. Pourtant, sans se voiler la face, nous savons que ces robots sont devenus pour la plupart de simples décors pour nos autoroutes à ce jour, car ne fonctionnant plus.

Généralement les yeux rouges, une couleur qui traduit soit l’état d’ivresse dans lequel se plonge certains policiers, soit la fatigue due aux conditions  insupportables de travail. Ses lèvres noircies par le chanvre ou la cigarette sont presque éternellement sèches. Un amoureux de la boisson communément appelée zododo, il se promène parfois en état d’ivresse tout en portant son arme.

Des conteneurs comme bureau

Contrairement aux bureaux spacieux et bien équipés des ministres ou des députés, le policier censé protéger la population passe ses journées dans un conteneur en fer. Le bureau est soit en tôle, soit un conteneur sans clim. Avec le soleil accablant de la RDC, imaginez la chaleur que dégagent ces installations. A l’intérieur, on y trouve généralement un banc et quelques chaises qui tiennent debout grâce à un support de fortune. Il y a aussi une table en bois ou en fer, sur lequel on trouve quelques papiers et un stylo qu’il faut secouer avant d’écrire. Et sur les coins des tôles, il y a des clous qui remplacent les cintres. Les policiers y accrochent leurs chemisiers lorsqu’ils sont étouffés par la chaleur.

Curieusement dans ces conteneurs, il n’y a pas la photo du président de la République qu’on retrouve dans les bureaux de l’Etat.

La nuit, le policier inspire plus la peur que la confiance

Meurtri par sa misère, le policier est parfois contraint à faire la chasse aux petits voleurs de téléphones, de mallettes, de bijoux de femmes ou de porte-monnaie pour hélas se partager le butin. Triste mais vrai ! Le policier congolais est capable de tout pour se trouver une somme, même la plus modique soit-elle, pourvu qu’elle réponde à son besoin. Il pille, vole, braque et parfois tue de paisibles citoyens en coopérant avec les Kuluna. Combien de fois n’avons-nous pas entendu les personnes victimes d’un braquage se plaindre d’avoir aperçu un policier impliqué dans le crime ? Certains érigent des barrières la nuit pour exiger de l’argent aux passants. Que vous ayez un malade à conduire à l’hôpital, ou une femme enceinte, vous devez contribuer à ce qu’ils appellent « madesu ya bana » (haricot des enfants) pour circuler tranquillement la nuit. Ainsi, un grand fossé se crée entre la population et la police.

 

La corruption

 

Si la corruption bât son plein en RDC, les policiers aussi contribuent à cela d’une certaine manière. D’ailleurs les Kuluna disent ouvertement qu’ils ne s’inquiètent pas de se retrouver au cachot, sachant qu’avec l’argent, ils vont négocier avec les policiers et en sortir. L’argent résout tout. Quel chauffeur oserait échapper au « mbote ya likasu » lorsqu’un policier de roulage lui fait la cour ? Même les plaignants dans les sous-commissariats sont obligés de payer le « mayi ya bic » (encre de stylo à bille) pour la rédaction d’un procès-verbal…

Tant de choses à dire sur le policier congolais. Sa bravoure, un acte qui devrait être normal, devient une exception. Le simple fait de rencontrer par hasard un policier bien habillé et costaud dans sa tenue, s’exprimant correctement et haïssant la corruption, installe en nous un sentiment de fierté au point d’attirer l’attention de toute la population. C’est le cas du policier Chance Kitsa  qui, en 2017, a donné sa vie pour protéger une agence et son propriétaire. La mort d’un héros que les habitants de Goma n’oublieront jamais. Ou encore, lorsqu’une manifestation de l’opposition se tient sans mort d’homme, on ne manque pas de féliciter nos policiers, tellement ces cas sont rares.  Je termine mon propos en vous laissant sur cette question : et si on remplaçait nos policiers par les robots ?

 

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